Ce n’est pas la COVID-19 qui a convaincu les Québécois d’acheter québécois. Le mouvement était déjà dans l’air.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Mais disons que le mot d’ordre collectif d’encourager nos propres entreprises a propulsé cette tendance pas mal plus vite et plus loin que prévu. On le voit partout. Des légumes bio locaux aux shampooings, en passant, bien sûr, par les os, les croquettes, les ragoûts et les autres gâteries pour nos toutous.

Parmi les nombreux secteurs qui ont profité de cet engouement, il y a en effet celui de la nourriture pour nos animaux de compagnie. « On était presque gênés de le dire. Tout allait mal et, nous, on allait vraiment bien », m’a confié vendredi Sarah Gravel, chef de la direction d’Aliments Mackenzie, qui commercialise notamment les marques Faim Museau et Karnivor.

Donc, avis à ceux qui cherchent de bonnes nouvelles. La bouffe à pitou et à minou préparée ici cartonne.

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Les ventes d’aliments québécois pour les chiens et les chats, notamment les plats préparés de viande fraîche séchés à froid ou encore crus et congelés, cartonnent.

« C’était en croissance avant la crise, mais c’est sûr que ça s’est accentué », m’a dit mardi Sacha Dupont-Hébert, directeur des ventes chez Canisource, entreprise qui commercialise notamment Grand Cru, pour chiens et chats, que l’on retrouve chez Mondou mais aussi dans certaines épiceries de produits naturels, comme les supermarchés Avril.

La volonté d’acheter local se combine à d’autres grandes tendances de consommation dans le monde des aliments pour animaux de compagnie, dans lesquelles ces entreprises québécoises ont choisi de s’inscrire. Résultat : elles sont au bon endroit, au bon moment.

Ces grands mouvements, explique Freddy Bui-Khac, directeur des achats de la chaîne de boutiques spécialisées Mondou, qui compte 68 succursales, s’articulent autour d’un désir de se rapprocher humainement de nos animaux. Donc, on leur propose de la nourriture « de qualité humaine », du « fait maison », de la nourriture fraîche.

La croquette traditionnelle aux sous-produits de fabrication industrielle continue de se vendre, notamment parce qu’elle permet de garder les prix sous certains plafonds, élément important pour les consommateurs. C’est le créneau de Vetdiet notamment, la marque maison de Mondou, fabriquée à Drummondville et maintenant exportée aux États-Unis.

Mais la croissance se voit beaucoup du côté de nouveaux aliments, notamment les plats préparés de viande fraîche séchés à froid ou encore crus et congelés. Il y a aussi les autres options de protéines. Le « fait maison » est aussi à la une.

« Et dans chaque créneau, explique M. Bui-Khac, il y a un leader québécois. »

Canisource, de Terrebonne, fait partie de ces entreprises, avec sa marque Grand Cru, lancée il y a sept ans et qui connaît une croissance constante dans les deux chiffres, dit M. Dupont-Hébert.

Son produit : une pâte de viande crue, de qualité assez bonne pour la consommation humaine, mélangée avec des fruits, des légumes, des légumineuses, de l’avoine, parfois d’autres ingrédients comme du thym ou des canneberges et quelques suppléments nutritionnels, puis séchée à très basse température pendant 15 heures.

Pour ceux qui n’ont pas envie de cuisiner eux-mêmes les ragoûts de viande, légumes, légumineuses, etc. pour leur animal – parce que ça, c’est aussi une tendance ! –, Grand Cru propose cette solution sèche qui ressemble à des croquettes.

Mais il y a aussi des propriétaires d’animaux qui veulent donner des repas crus à leurs protégés, et c’est là que Faim Museau, entreprise de Bromont dirigée par Sarah Gravel et elle aussi en pleine croissance, qui a fait l’acquisition de deux autres entreprises depuis deux ans – Karnivor et Petit Muso –, entre en jeu, avec sa nourriture et ses os congelés vendus en boutique spécialisée ou livrée à domicile. Vendus à travers la province, les produits Faim Museau ne sont pas officiellement bio, mais plusieurs des ingrédients le sont. Karnivor, de son côté, fait aussi dans le cru, mais plus abordable.

PHOTO FOURNIE PAR SARAH GRAVEL

Sarah Gravel, chef de la direction d’Aliments Mackenzie et dirigeante de Faim Museau

Autre créneau qui se développe : la protéine « alternative », qui répond au désir des consommateurs de nourrir leurs animaux avec des produits écoresponsables.

Ici, on parle de l’entreprise québécoise Wilder Harrier, fabricant de gâteries aux grillons, de nourriture à base de farine de mouches et de bâtonnets dentaires aux algues. L’entreprise de Villeray propose aussi des gâteries préparées avec de la pulpe issue de la fabrication des jus de fruits et autrement jetée à la poubelle, un projet lancé en collaboration avec la société Loop, qu’on connaît pour ses jus faits avec des fruits voués à la poubelle.

À venir bientôt : une nourriture à base de carpe asiatique, animal envahissant en Amérique du Nord qui détruit les écosystèmes et dont on ne sait que faire.

Autre segment important qui se développe : la nourriture « faite maison », dont le marketing est axé essentiellement autour du fait que les plats auraient pu être cuisinés pour le chien ou le chat comme il l’est pour la famille de l’animal. Ici aussi, une entreprise québécoise se démarque, assure M. Bui : Oven Baked, de Saint-Hyacinthe, qui offre des pâtés au sanglier ou à la caille, des gâteries à la citrouille ou aux fruits… Et CaniSource a aussi sa marque dans ce créneau : HomeMade.

Une petite tartine au foie gras avec ça ?