(Washington) Les négociations sur un plan d’aide aux Américains étaient au point mort lundi, et la Maison-Blanche et les démocrates se rejetaient la responsabilité après deux semaines de discussions tendues à l’approche de la présidentielle et quatre décrets signés par Donald Trump.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

« Nous aimerions que les démocrates se concentrent sur autre chose que le renflouement des États mal dirigés », a accusé Donald Trump lundi, lors de sa conférence de presse quotidienne.

Le président américain reproche aux démocrates de vouloir aider des États en difficulté financière dirigés par des gouverneurs démocrates.

Le nouveau plan d’aide vise les ménages, les entreprises, les écoles et les collectivités locales, éprouvés par les conséquences de la pandémie de COVID-19.

Mais les discussions achoppent sur les mesures à adopter, et le montant total de l’enveloppe : 3000 milliards de dollars côté démocrates, 1000 milliards côté républicains.

Les démocrates ont proposé un compromis à 2000 milliards, que la Maison-Blanche a refusé.

À moins de trois mois de l’élection présidentielle, les votes sont dans toutes les têtes.

« Décrets risibles »

Donald Trump, qui raille l’intransigeance de l’opposition dans ces négociations, a signé samedi quatre décrets.

Ces mesures temporaires prévoient un gel des charges salariales, une allocation chômage prolongée de 400 dollars par semaine, des protections pour les locataires menacés d’expulsion et un report du remboursement des emprunts étudiants.

Elles risquent toutefois d’être contestées en justice puisque c’est au Congrès que la Constitution américaine confère la plupart des décisions budgétaires du pays.

« Ces décrets sont risibles », a dénoncé le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, lundi sur MSNBC.

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Le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer

Mais cela pourrait pousser les républicains « à s’asseoir avec nous » pour négocier, a-t-il estimé, car « ces décrets sont simplement considérés, au mieux comme inefficaces, au pire comme risibles ».

« Nous sommes prêts. Mais nous devons nous rejoindre à mi-chemin », a-t-il ajouté, disant ne pas vouloir se « contenter de quelque chose de faible qui ne fonctionne pas ».

Et la Maison-Blanche de renvoyer la balle : Donald Trump a dit lundi soir avoir parlé à plusieurs démocrates depuis vendredi, mais ni à Chuck Schumer, ni à la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi.

« Nous serons plus que ravis de les rencontrer » lorsqu’ils le souhaiteront, a ajouté Steven Mnuchin, lors de cette même conférence de presse.

Il avait appelé dans la matinée les démocrates à se montrer « raisonnables » pour atteindre un compromis, affirmant que cela ne pourrait être le cas « si leur attitude est “nous préférons ne rien lâcher que de trouver un accord” ».

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Steven Mnuchin (à droite)

Il avait également assuré que le président Donald Trump était « déterminé à dépenser ce qui est nécessaire ».

« Système de chômage équitable »

L’accord que les deux camps tentent de mettre sur pied contient, entre autres, de nouveaux prêts aux petites et moyennes entreprises touchées par la crise, ainsi que des aides financières pour permettre aux écoles de rouvrir, une priorité de Donald Trump.

« Ne prenons pas en otage nos enfants, ni nos petites entreprises qui ont besoin de se remettre au travail », a souligné Steven Mnuchin.

« Il y a évidemment une limite à ce que nous pouvons prêter », mais « nous n’y sommes pas encore », a-t-il précisé.

Et alors que des millions d’Américains se retrouvent au chômage, avec souvent peu de perspectives d’embauche à court terme, « nous devons avoir un système de chômage équitable pour les personnes qui ne peuvent pas trouver d’emploi », a précisé Steven Mnuchin.

Un plan titanesque de 2200 milliards de dollars avait été adopté fin mars par l’administration Trump et le Congrès, pour aider le pays à garder la tête hors de l’eau alors que la pandémie s’y étendait.

Ces milliards de dollars ont permis à des entreprises de continuer à payer les salaires, ou à des ménages de continuer à consommer, évitant à des commerces de mettre la clé sous la porte.