La crise de la COVID-19 a forcé la planète à s’arrêter. La paralysie des activités économiques a eu des effets positifs sur l’environnement. Dans de nombreuses villes du monde, les citoyens respirent mieux et se mettent à entendre le chant des oiseaux. Débarrassée de ses hordes de touristes, Venise a vu l’eau de ses canaux s’éclaircir et reçu de la visite rare, comme des poulpes au centre-ville.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La baisse des émissions de gaz à effet de serre dans le monde a été spectaculaire. Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement, cette baisse est de 5 % comparativement à la même période l’an dernier.

Le monde confiné n’a pas arrêté de polluer pour autant. Ce serait plutôt le contraire. La production de déchets en tous genres a explosé partout dans le monde. Le volume de déchets biomédicaux a fortement augmenté. Pour lutter contre la pandémie, les travailleurs de la santé ont utilisé un nombre record de masques, de gants, de blouses et d’autre matériel jetable.

Selon les experts des Nations unies, le volume de déchets biomédicaux est passé d’une moyenne de 500 grammes par jour et par lit à jusqu’à 4 kilogrammes par jour et par lit. En Chine, le gouvernement estime qu’au pire de la crise, la province de Wuhan a produit 240 tonnes de déchets biomédicaux par jour, comparativement à 40 tonnes en temps normal.

Transposée aux États-Unis, cette comparaison fait croire que nos voisins ont produit autant de déchets biomédicaux que durant une année entière en temps normal. Et transposés à l’échelle de la planète, ces chiffres donnent le vertige.

La plus grande part des déchets biomédicaux sont récupérés et incinérés, du moins dans les pays industrialisés. Ce n’est pas sans incidence sur l’environnement, toutefois. Et beaucoup de ces déchets, notamment les plastiques, se retrouveront sous une forme ou l’autre dans l’environnement.

En dehors des hôpitaux et des milieux de soins, la consommation de masques jetables a connu une croissance exponentielle. Ce type de masque est là pour de bon, et leur consommation ira en augmentant à mesure que le port du couvre-visage devient la règle. On n’a pas fini de les voir s’accumuler dans les centres d’enfouissement ou traîner un peu partout.

On ne peut pas encore mettre de chiffres sur le tonnage additionnel de déchets municipaux de toutes sortes que la pandémie a fait augmenter. La Banque mondiale estimait que le volume de déchets municipaux augmenterait de 70 % entre 2018 et 2050. C’était avant la crise et les changements de comportement qu’elle a induits.

Ici comme ailleurs, la crise a occasionné le grand retour des sacs de plastique et du suremballage dans les supermarchés.

La Thaïlande, qui avait banni l’usage de sacs de plastique en magasin en janvier dernier, s’attend maintenant à voir augmenter leur utilisation de 30 % cette année. À Bangkok seulement, le volume de déchets de plastique est en hausse de 62 % par rapport à il y a un an, principalement en raison de l’augmentation des plats à emporter et des livraisons de restaurants.

Le prêt-à-emporter et les livraisons de repas ont connu une grande popularité pendant le confinement et ont fait de nouveaux adeptes. Le commerce en ligne a aussi explosé. Les consommateurs enfermés chez eux ont aussi multiplié les achats en ligne et reçu une marchandise le plus souvent suremballée.

L’accumulation de tous ces emballages, même ceux qui sont recyclables et recyclés, met encore plus de pression sur le système déjà déficient de gestion des déchets à l’échelle mondiale.

Le traitement et l’élimination des déchets émettent des gaz à effet de serre. Le recyclage aussi, quand la matière est refondue ou traitée pour d’autres usages.

La pandémie a donné un répit temporaire à la Terre, mais a aussi aggravé un problème permanent : celui de la gestion des déchets.