(Washington) L’ombre de la pandémie continue de planer sur l’économie américaine, dont le rebond pourrait n’être qu’un sursaut tant les contaminations, en hausse dans une large partie du pays, ont contraint plusieurs États à faire marche arrière et refermer une partie de leur économie.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

La première économie mondiale aligne depuis près de deux mois des chiffres encourageants : le chômage est en baisse légère, mais continue depuis le mois d’avril, la consommation bondit de nouveau, l’industrie retrouve des couleurs…

La semaine passée, 1,3 million de personnes ont pointé au chômage pour la première fois, un chiffre quasi stable par rapport à la semaine précédente.  

Le nombre total d’allocataires continue aussi sa lente décrue, à 17,3 millions.

Si l’on ajoute les personnes qui bénéficient d’une allocation chômage étendue dans le cadre du plan de relance américain face à la pandémie, comme les travailleurs indépendants, ce sont au total 32 millions de personnes qui perçoivent une aide financière.

En juin, le taux de chômage américain a diminué, passant de 13,3 % à 11,1 %.

Mais les nouvelles inscriptions pourraient de nouveau grimper la semaine prochaine, « pour la première fois depuis mars », avec les nouvelles mesures de confinement dans plusieurs États, s’inquiète Ian Shepherdson, chef économiste chez Pantheon Macroeconomics.

« L’expérience marquante de la réouverture bâclée en mai et juin signifie qu’il faudra un certain temps avant que les chiffres (de la COVID-19) […] soient assez bons pour permettre un nouvel assouplissement des restrictions », a-t-il ajouté.

Le nombre de cas déclarés est à la hausse dans près de 40 États sur 50, après des réouvertures parfois prématurées. La Californie a annoncé mardi qu’elle refermait une partie de son économie.

« J’espère cependant que nous continuerons à voir des signes positifs d’une reprise progressive au second semestre de cette année, l’année prochaine », a déclaré John Williams, le président de la Réserve fédérale (Fed) de New York, interviewé par Yahoo finance.

« Mais en ce moment, c’est un point d’inflexion critique, nous voyons des signaux différents selon les États », avec des commerces et restaurants qui ferment de nouveau leurs portes là où le virus repart à la hausse, et une amélioration dans d’autres endroits, comme New York, a-t-il ajouté.

Masque obligatoire

Le président Donald Trump, qui espère se faire réélire à la Maison-Blanche en novembre, tente de limiter les dégâts, et a même accepté samedi, pour la première fois, de porter en public un masque, devenu aux États-Unis un symbole d’appartenance politique.

Pour tenter d’éviter au maximum des fermetures supplémentaires, lourdes de conséquences en termes économiques, plusieurs géants de la distribution aux États-Unis viennent de l’imposer dans leurs magasins, dont la chaîne Walmart, qui symbolise le « heartland », l’Amérique « réelle ».

Le patron de la compagnie aérienne Delta a aussi jugé « utile […] que notre gouvernement fédéral renforce la nécessité de porter un masque, pas seulement lors des voyages en avion, mais dans la vie en général ».

Car la consommation, moteur de la croissance américaine, est elle aussi repartie à la hausse : les ventes au détail ont augmenté de 7,5 % en juin, après un bond de 18,2 % en mai, selon les données du département du Commerce également publiées jeudi.  

Toutefois, pour l’ensemble du deuxième trimestre, le montant total est en baisse de 8,1 % par rapport au deuxième trimestre 2019.

Quant à l’industrie, elle tente tant bien que mal de sortir la tête de l’eau, après avoir souffert de la guerre commerciale avec la Chine puis de la crise de la COVID-19, qui avait d’abord mis à l’arrêt les usines des fournisseurs chinois, avant les usines américaines.

L’activité manufacturière de la région de Philadelphie (nord-est des États-Unis) est restée dans le vert en juillet, mais baisse par rapport au rebond de juin, selon l’indice de l’antenne locale de la Fed publié jeudi.

La production de l’ensemble du pays a grimpé de 5,4 % le mois dernier, avait dit mercredi la Fed, relevant que le niveau restait bien inférieur à celui d’avant la pandémie.

« L’industrie manufacturière reste sous pression face à une demande faible, mais aussi du fait des perturbations sur la chaîne d’approvisionnement et des mesures de confinement », explique Rubeela Farooqi de High Frequency Economics, dans une note.