La Banque du Canada prévoit que l’économie canadienne se relèvera très lentement de la crise du coronavirus, après un fort rebond dû à la reprise graduelle des activités. Son taux directeur devrait rester au niveau plancher actuel de 0,25 % tant et aussi longtemps que les effets de la pandémie se feront sentir.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Cette récession n’est pas habituelle », a souligné le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, qui a qualifié la crise actuelle de « catastrophe humaine et économique ».

Dans le Rapport sur la politique monétaire, le premier du nouveau gouverneur, qui a été publié mercredi en même temps que la décision sur le taux directeur, la Banque du Canada présente « un scénario intermédiaire » pour l’économie canadienne, plutôt que ses projections économiques habituelles.

Ce scénario intermédiaire écarte les hypothèses les plus pessimistes évoquées dans le précédent Rapport sur la politique monétaire, mais il confirme que le recul de l’économie canadienne est le pire depuis la Grande Dépression.

Il faudra beaucoup de temps pour s’en remettre, a souligné Tiff Macklem. La banque centrale estime que l’économie a reculé de 15 % au deuxième trimestre. Elle prévoit que l’année 2020 se terminera sur un recul de 6,8 %. La croissance du produit intérieur brut (PIB) est prévue à 5,1 % en 2021 et à 3,7 % en 2022.

Reprise longue et inégale

La reprise sera longue et inégale, préviennent les autorités monétaires. Elle se fera en deux phases, soit un rebond rapide suivi d’une longue période de récupération. Le rebond de l’emploi a été rapide dans les deux derniers mois, mais il est peu probable que ce rythme se maintienne.

« Bien des travailleurs et des entreprises peuvent s’attendre à connaître une période prolongée de difficultés », estime la Banque du Canada. Les secteurs de l’hébergement et de la restauration, et celui du tourisme particulièrement, vont souffrir encore longtemps.

Il y aura des fermetures d’entreprises et des entreprises qui vont fonctionner à capacité réduite. Il y a aussi des consommateurs qui seront plus prudents dans leurs dépenses et des entreprises qui hésiteront à investir.

Tiff Macklem

Le scénario retenu par la Banque du Canada tient pour acquis qu’il n’y aura pas de deuxième vague, mais que le coronavirus sera présent au moins jusqu’au milieu de 2022.

« Bien des gens pourraient trouver le retour au travail difficile, surtout si les écoles et les garderies ne peuvent rouvrir complètement, a dit le gouverneur. Nous sommes conscients que ce fardeau pèse de façon disproportionnée sur les femmes. »

De son côté, la Banque du Canada entend maintenir les mesures exceptionnelles d’intervention sur les marchés qu’elle a mises en place au début de la crise, et notamment l’achat d’obligations du gouvernement fédéral, à raison d’au moins 5 milliards par semaine. Elle se dit même prête à en faire plus, au besoin. « Pour soutenir la reprise et atteindre l’objectif d’inflation, la Banque est prête à accentuer la détente monétaire, si cela s’avère nécessaire », a-t-elle réitéré.