La réouverture progressive de l’économie québécoise, après la pause forcée provoquée par la pandémie de COVID-19, a alimenté la reprise des exportations québécoise en mai à la suite du plongeon d’avril, qualifié d’« historique » par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ).

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Mais la remontée de 4,8 %, en données désaisonnalisées et en dollars constants, affichée mardi demeure fragile, selon l’économiste principale au Mouvement Desjardins Hélène Bégin.

« La route sera sinueuse […] au cours des prochains mois, a-t-elle écrit, dans une note d’analyse. Même si la reprise semble enclenchée, des statistiques en dents de scie sont à prévoir. La période de convalescence de l’économie mondiale devrait se poursuivre. »

En mai, la valeur des exportations s’est établie à 5,48 milliards. Le déclin des exportations avait été de l’ordre de 18 % en avril, alors que les activités de plusieurs secteurs de l’économie jugés non essentiels étaient perturbées en raison de la crise sanitaire. Bénéficiant du redémarrage progressif de plusieurs entreprises du secteur manufacturier, le Québec a mieux fait au chapitre des exportations en mai par rapport à la variation mensuelle canadienne, qui a été de 0,8 %. Ce gain faisait suite à la baisse de 19 % observée en avril.

Toutefois, la valeur des exportations de mai était inférieure de 23,6 % à celle de la même période l’an dernier, a souligné Mme Bégin. Les expéditions vers les États-Unis, le principal partenaire commercial de la province, ont dégringolé de 22,4 %.

Si les exportations québécoises ont pu reprendre du poil de la bête en mai, c’est notamment grâce aux performances de catégories comme celle des aéronefs (+58,9 %) — construits essentiellement par Airbus Canada et Bombardier — et celle des équipements destinés aux commerces et aux entreprises spécialisées dans les services (+ 67,7 %).

À plus long terme, toutefois, les difficultés de l’industrie aéronautique québécoise, qui sont attribuables à la quasi-paralysie de l’aviation commerciale, risquent de laisser des traces, a prévenu Mme Bégin, en ajoutant qu’il faudrait patienter « plusieurs trimestres » avant de renouer avec un niveau « pré-COVID-19 ».

« Ce regain (de la catégorie des aéronefs) devrait donc être éphémère et freinera la relance des expéditions à l’étranger au cours des prochains mois, a souligné l’économiste. Les difficultés du secteur aéronautique et la disparition possible de certaines entreprises empêcheront un retour à la normale. »

Si l’Accord Canada—États-Unis—Mexique, en vigueur depuis le 1er juillet, réduit « un peu l’incertitude » pour les exportateurs, la possibilité de voir l’administration Trump imposer de nouveaux tarifs sur l’aluminium canadien pourrait venir noircir le portrait, a ajouté Mme Bégin.

Parallèlement aux éléments évoqués par l’économiste, une potentielle deuxième vague du nombre de cas d’infection à la COVID-19 pourrait éventuellement se traduire par de nouvelles mesures visant à limiter la propagation du nouveau coronavirus, ce qui viendrait freiner davantage la reprise.

Le Québec a également vu ses importations fléchir de 4 % en mai, ce qui constituait une quatrième baisse mensuelle consécutive.

« Les effets de la pandémie […] se faisaient toujours sentir en mai, notamment en raison de la baisse de la demande de produits liés au transport », a souligné l’Institut.

Les principaux reculs ont été observés du côté des formes primaires et produits semi-ouvrés de métaux non ferreux et de leurs alliages (-83,4 %), des voitures et leurs châssis (-63,2 %), du carburant destiné au secteur de l’aviation (-99,7 %) ainsi que des pièces pour aéronefs et autre matériel aérospatial (-20,8 %).

Au terme des cinq premiers mois de l’année, la valeur des exportations québécoises, en données désaisonnalisées et en dollars constants, totalisait 32,8 milliards, ce qui constitue un déclin de 6,9 % comparativement à la même période l’an dernier, a souligné l’ISQ dans son rapport.

En ce qui a trait aux exportations, la baisse était de 21,7 %.