Les régions isolées du Kenya, en Afrique, ont accès à l’internet depuis la semaine dernière avec le déploiement de la technologie de Google qui se sert de ballons flottant dans l’atmosphère.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Ce qui a déjà été considéré comme de la science-fiction est devenu réalité. Les 35 ballons, à 20 kilomètres d’altitude, livreront une connexion 4G qui permettra la télécommunication, la navigation sur l’internet et le visionnement de vidéos à une population qui n’y avait pas accès jusqu’à maintenant.

Loon, filiale de Google, s’est associée au fournisseur local de télécommunications Telkom Kenya pour offrir des services que le gouvernement du pays juge essentiels, surtout en période de crise sanitaire comme celle qui nous frappe.

Le Kenya n’est pas le pays le plus démuni en matière de services internet. Environ 39 de ses 48 millions d’habitants sont déjà branchés, et le prix des services mobiles y est moins élevé que dans beaucoup d’autres régions du continent et même du globe.

Il y a aujourd’hui plus de téléphones que d’habitants sur la planète et la consommation de données explose. Selon la firme spécialisée Cable.co.uk, qui a relevé le prix moyen des données mobiles dans 228 pays et territoires en février 2020, les Kenyans peuvent utiliser les services sans fil pour pas mal moins cher que les Canadiens.

Le prix moyen d’un gigaoctet de données mobiles, exprimé en dollars américains, est de 1,05 $ au Kenya et de 12,55 $ au Canada.

Les Canadiens savent depuis longtemps qu’ils paient trop cher pour leurs services mobiles, mais le fait de se retrouver entre le Turkménistan (11,44 $) et le Botswana (13,87 $) dans un classement mondial est un peu dérangeant.

Du meilleur et du pire

La comparaison du prix moyen d’un gigaoctet de données mobiles dans le monde est surprenante à plusieurs égards. Les meilleurs prix ne se trouvent pas toujours dans les pays les plus technos ni dans les plus riches. Ce serait plutôt l’inverse.

En haut de la liste, c’est l’Inde qui est le grand champion des bas prix, avec un prix moyen de 0,09 $ US le gigaoctet de données mobiles.

Tout en bas, il y a les îles Falkland (40,41 $) et l’île Sainte-Hélène, le territoire britannique de l’Atlantique-Sud où Napoléon 1er a fini ses jours (52,50 $). En moyenne, dans le monde, le prix est de 5,09 $.

Les consommateurs de pays riches, comme le Canada, les États-Unis ou la Norvège, paient plus cher que la moyenne mondiale pour les données mobiles, tandis que des pays plus pauvres, comme le Kirghizistan, sont parmi ceux qui paient le moins cher.

De 0,09 $ à 52,50 $, l’éventail est vaste, c’est le moins qu’on puisse dire. Il y a des explications. La firme britannique qui a dressé la liste, de même que la plupart de ceux qui s’intéressent à la question, estime que les pays qui paient le moins cher se divisent en deux.

Il y a ceux qui disposent de bonnes infrastructures de télécommunications fixes et mobiles qui peuvent transporter un gros volume de données, ce qui fait baisser le prix moyen du gigaoctet. Et il y a ceux qui n’ont pas d’infrastructures fixes et qui dépendent essentiellement de réseaux mobiles où la concurrence est plus répandue. Le marché de l’Inde, par exemple, est dominé par Reliance, conglomérat qui a une stratégie de prix très agressive pour gagner des parts de marchés.

Ceux qui paient le plus cher sont aussi dépendants de réseaux mobiles, mais ce sont souvent des pays peu peuplés, qui consomment très peu de données, d’où un prix moyen élevé par gigaoctet consommé.

Entre les deux extrêmes, c’est souvent la capacité de payer de la population et le degré de concurrence qui dictent les prix. C’est pourquoi le prix des données mobiles est souvent plus élevé dans les pays riches comme les États-Unis ou l’Allemagne.

Dans le cas du Canada, la concentration du marché du sans-fil est sans aucun doute la principale explication des prix élevés. Les trois principaux fournisseurs, Bell, Rogers et Telus, encaissent 82 % de tous les revenus du secteur du sans-fil, selon le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.

Malgré tout ce qui a été tenté pour accroître la concurrence dans le sans-fil, rien n’y fait. La cause du Canada semble désespérée. Il reste peut-être à faire appel à Google et à ses ballons…

> Consultez l’étude (en anglais)