Les armateurs faisant affaire sur le fleuve Saint-Laurent s’attendaient à ce que les modifications à la Loi sur le pilotage récemment apportées par Ottawa leur permettent de réaliser des économies. Surprise, c’est plutôt l’inverse qui se produit, à leur grand déplaisir.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

À compter de lundi, les navires qui doivent faire appel à des pilotes pour franchir le Saint-Laurent devront débourser la somme supplémentaire de 39,64 $ par affectation. Au total, ces frais représenteront pour eux des débours additionnels de 507 000 $ en 2020, 800 000 $ en 2021 et de 1,2 million de dollars en 2022.

« Comment ça se fait qu’on soit en train de facturer ces frais, alors que la modification à la loi devait amener plus d’efficacité ? », demande Guillaume Dubreuil, directeur des affaires extérieures et gouvernementales de Canada Steamship Lines.

L’un des effets de la nouvelle loi est de centraliser sous le giron de Transports Canada la responsabilité de faire appliquer la loi, autrement dévolue aux quatre administrations de pilotage du Canada, dont l’Administration de pilotage des Laurentides (APL), active sur le Saint-Laurent. C’est justement pour compenser les dépenses que cela entraîne pour elle que Transports Canada a prévu de facturer les sommes mentionnées plus haut à l’APL, qui la refilera aux utilisateurs, les armateurs.

« On est en train de rajouter un palier », déplore M. Dubreuil.

C’est une facture injustifiée, parce qu’il n’y a aucun avantage pour les armateurs.

Louise Bédard, directrice générale des Armateurs du Saint-Laurent, regroupement d’entreprises maritimes.

Un pourcentage de profitabilité « très bas »

La somme de 39,64 $ pour le voyage d’un immense navire dont les coûts d’exploitation se comptent en dizaines de milliers de dollars peut paraître dérisoire, mais elle ne l’est pas, assure M. Dubreuil.

« Même si c’est un pourcentage relativement faible, on est dans une situation où on ne peut pas se permettre le moindre pourcentage de baisse, assure-t-il. Le pourcentage de profitabilité des navires est très bas aussi. »

Les effets de la pandémie

La pandémie a commencé à se faire sentir dans l’industrie maritime, avec quelques mois de retard, comme c’est souvent le cas.

Si les ventes de voitures chutent en avril, la construction de voitures neuves baisse en mai, les commandes de pièces en juin et le minerai de fer que nous transportons en juillet.

Guillaume Dubreuil, directeur des affaires extérieures et gouvernementales de Canada Steamship Lines

« On est en train d’imposer ces frais dans une situation de ralentissement économique généralisé. Les armateurs sont touchés comme tout le monde, ils font face à des frais supplémentaires comme tout le monde. »

Il estime le ralentissement à de 10 % à 20 % à l’heure actuelle. « Tout le monde a des navires sous-utilisés. »