Le rebond surprise de l’emploi en mai indique que le Québec pourrait se remettre plus rapidement que prévu du choc de la pandémie, une fois que la reprise des activités à Montréal sera prise en compte.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Les nouvelles seront encore meilleures en juin, assure Joëlle Noreau, économiste principale de Desjardins. « Les données de mai ne reflètent pas tout ce qui a redémarré après le 16 du mois, donc la plupart des activités dans la région de Montréal », explique-t-elle.

Champion du chômage en avril, le Québec a laissé la place à l’Alberta au mois de mai, selon Statistique Canada. Près de 80 % des emplois créés au Canada le mois dernier sont au Québec. C’est la plus forte augmentation parmi les provinces canadiennes, et le taux de chômage a baissé de 17 % à 13,7 %.

Les 231 000 emplois de plus répertoriés au Québec sont majoritairement des emplois à temps plein dans les secteurs qui ont pu reprendre leurs activités après deux mois de paralysie. Les hausses les plus importantes sont dans la construction (57 900), la fabrication (56 100) et le commerce (53 600).

L’emploi a progressé de 5,3 % en mai dans la région de Montréal, selon Statistique Canada.

Au Canada, le taux de chômage a atteint 13,7 %, un niveau jamais vu dans l’ère statistique moderne, soit depuis 1976. Depuis le mois de février, le taux de chômage au Canada a plus que doublé, passant de 5,6 % à 13,7 %.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Un rebond surprise

Le rebond du marché de l’emploi était attendu, mais il s’est manifesté plus tôt que prévu. La plupart des économistes s’attendaient à une embellie en juin plutôt qu’en mai.

Même le ministre des Finances du Québec en a été surpris. « Les chiffres sont meilleurs que ce que j’attendais ce matin, a dit Eric Girard. Si vous m’aviez demandé si ce matin on aurait récupéré 30 % des emplois perdus en mars et en avril, j’aurais dit non. »

Avec le gain du mois de mai, le Québec a récupéré 30 % des emplois perdus, mais il est encore en déficit de 589 600 emplois depuis le début de la pandémie.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La reprise des activités dans les restaurants s’est d’abord concrétisée par la livraison et les plats à emporter.

Des restaurants qui s’adaptent

Contrairement aux crises précédentes, qui ont touché davantage le secteur des biens, c’est le secteur des services qui souffre le plus de la pandémie et des mesures de distanciation physique.

Plus de la moitié des emplois perdus au Québec depuis le mois de février, soit 52 %, sont dans le secteur de l’hébergement et de la restauration.

Mais en mai, le secteur des services a commencé à redresser la tête. Le gain d’emplois est modeste, mais il reflète probablement la reprise des activités dans les restaurants qui se sont lancés dans la livraison et les plats à emporter, selon Clément Gignac, économiste en chef d’Industrielle Alliance. « Tout le secteur était figé en mars, et puis il y a des restaurants qui se sont revirés de bord et ont rappelé des employés au travail », précise-t-il.

Selon Joëlle Noreau, les restaurants ont pu reprendre certaines de leurs activités parce que les gens ont été moins effrayés qu’au début de la crise et les ont encouragés.

Vers une reprise plus rapide ?

Le rétablissement plus rapide que prévu du marché de l’emploi pourrait signifier une récession moins longue, ce que certains économistes appellent une reprise en V.

C’est ce que semble croire le marché boursier, note Clément Gignac.

La seule chose qu’on peut conclure actuellement, c’est que le pire est derrière nous.

Clément Gignac, économiste en chef d’Industrielle Alliance

« Il s’est perdu tellement d’emplois qu’on pourrait être surpris du nombre élevé de chômeurs qu’il y aura encore à la fin de l’année », dit-il.

Une reprise rapide n’est pas non plus le scénario envisagé par Matthieu Arseneau, chef économiste adjoint de la Banque Nationale. « La crise causera des dommages permanents, qui ne sont pas encore quantifiés », explique-t-il.

En plus des faillites et des fermetures définitives qui risquent de se multiplier, « il faut garder à l’esprit que plus du cinquième des emplois sont concentrés dans les secteurs de l’hôtellerie et de la restauration, les arts et loisirs et le commerce de détail, qui se heurtent à des défis importants », souligne-t-il.

— Avec Gabriel Béland, La Presse

Moins de chômeurs aux États-Unis

PHOTO OLIVIER DOULIERY, AGENCE FRANCE-PRESSE

Quelque 2,5 millions d’emplois ont été créés en mai aux États-Unis.

Contre toute attente, le nombre de chômeurs a également diminué en mai aux États-Unis. Le taux de chômage américain, qui avait atteint 14,7 % en avril, son niveau le plus élevé depuis 80 ans, est retombé à 13, 3 % en mai. La plupart des observateurs de l’économie américaine s’attendaient à une augmentation du taux de chômage, certains le voyant même à 20 %. Quelque 2,5 millions d’emplois ont été créés en mai, grâce notamment à la réouverture des commerces dans certains États. Les États-Unis accusent toutefois un déficit d’emplois important par rapport à la situation pré-pandémie, souligne Francis Généreux, économiste principal de Desjardins. « Il y avait en mai 19,5 millions de travailleurs de moins qu’au sommet cyclique de février dernier », précise-t-il, ce qui rappelle que la situation est encore bien loin d’être à la normale. — Agence France-Presse