La Ville de Montréal devrait être autorisée à contracter des déficits et à émettre des « obligations spéciales de relance » pour se relever de la pandémie qui l’a touché plus durement que toute autre ville au Canada.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

C’est la principale recommandation du comité d’experts mandaté par l’administration municipale pour trouver des moyens de relancer l’économie de la métropole.

Présidé par Luc Godbout, titulaire de la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke, le comité a remis mardi un rapport de 25 pages qui contient une quinzaine de recommandations.

D’entrée de jeu, le comité prévient que les défis qui attendent la Ville sont de taille. La crise a mis fin abruptement à plusieurs années de croissance exceptionnelle pour Montréal. Avec le nombre le plus élevé de cas et de décès au Québec, la ville devra attendre plus longtemps le retour à la normale et anticipe déjà un manque à gagner équivalent à 500 millions dans son budget de 6,2 milliards pour 2020.

Comme la situation financière de la Ville est tellement serrée en période normale, Montréal devrait demander au gouvernement du Québec la levée « temporaire » de l’obligation d’équilibrer son budget et de pouvoir émettre des « obligations spéciales de relance », suggère le comité. Ce qui ne doit pas l’empêcher de recevoir le soutien financier nécessaire des gouvernements fédéral et provincial, précise-t-il.

Avec des moyens financiers accrus, la Ville pourrait prolonger les reports de taxes foncières et accorder des rabais aux secteurs les plus durement touchés par la pandémie. La possibilité de faire des déficits est « un outil additionnel pour la ville », estime Luc Godbout.

« C’est pertinent, ça donne de l’oxygène », a commenté de son côté la mairesse Valérie Plante. Elle a soutenu qu’elle n’avait pas l’intention de faire un déficit en 2020, mais que la réalité actuelle lui laissait peu de choix. « Je peux taxer ou couper dans les services, ou les deux », a-t-elle rappelé.

Le président de la Chambre de commerce de Montréal, Michel Leblanc, croit pour sa part que les déficits devraient être « une solution de dernier recours ». « Ce n’est pas la voie qu’on privilégierait, a-t-il dit à La Presse. C’est de loin préférable que l’argent vienne des gouvernements supérieurs qui ont la possibilité de faire des déficits », explique-t-il. Mais leur appui est insuffisant, c’est encore mieux que de couper dans les services, selon lui, à condition que ce soit bien balisé.

La Chambre de commerce de Montréal doit proposer mercredi son propre plan d’action pour aider les commerces du centre-ville.

Le comité suggère aussi à la Ville d’épauler ses petites entreprises en priorisant l’achat local, mais aussi en favorisant la reprise collective des entreprises qui feront faillite par des OBNL. Les locaux laissés vacants par les fermetures de restaurants et de bars pourraient être repris par la Ville pour leur donner une vocation collective.

Un centre-ville affecté

L’administration municipale devrait favoriser le télétravail de son personnel et offrir du soutien aux PME qui veulent développer le travail à distance, mais ne pas oublier les commerçants du centre-ville qui dépendent de la venue des travailleurs sur le territoire, prévient le comité.

Pour donner un coup de pouce à ses commerces, la Ville devrait considérer la possibilité d’émettre des certificats de conformité pour favoriser la consommation locale. Elle pourrait aussi s’entendre avec les grands employeurs pour ajuster les horaires de livraison et pour étaler les heures de travail dans le but de réduire l’achalandage dans le réseau de transport public.

Le comité est d’avis que la Ville doit appuyer financièrement la transition des grands événements publics et des festivals vers les plateformes numériques qui ont « le potentiel de rendre le festival accessible à un public plus large et de le faire rayonner même à l’extérieur de Montréal ». Cette année, la Ville pourrait favoriser la multiplication de petits événements culturels.

Le groupe d’experts qui a travaillé bénévolement à la réalisation de ce rapport propose également d’autres pistes de réflexion à la Ville qui vont dans le sens de la transition écologique et la réduction des inégalités. L’appui aux demandeurs d’asile ayant participé à la lutte contre la COVID-19 et l’offre de connexion Wi-Fi gratuite dans les quartiers défavorisés font partie de ces suggestions supplémentaires.

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