Le gouverneur de l’État de New York vient de donner un bon élan au projet d’interconnexion entre le Québec et la ville de New York, qui reluque les surplus d’Hydro-Québec.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Arrêtons de parler et agissons », a lancé mardi Andrew Cuomo, en parlant du projet de construction d’une nouvelle ligne de transport entre le Canada et les États-Unis qui permettrait d’alimenter le sud de l’État de New York en énergie verte.

Pour Hydro-Québec, qui négocie depuis plusieurs mois un contrat d’approvisionnement à long terme avec la ville de New York, les propos du gouverneur sont le signal attendu depuis longtemps pour reprendre les travaux sur le projet d’interconnexion Hertel-New York.

« C’est très, très bon signe et ça pourrait accélérer les choses », a dit le porte-parole d’Hydro-Québec Gary Sutherland, au sujet des propos du gouverneur Cuomo. Le premier ministre du Québec, François Legault, a d’ailleurs relayé l’intervention sur les réseaux sociaux.

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Le premier ministre du Québec, François Legault, a félicité le gouverneur de l’État de New York mercredi.

La nécessité de relancer l’économie de New York, durement touchée par la pandémie, pourrait permettre de reprendre des discussions mises sur pause depuis que le coronavirus a frappé.

Le projet d’interconnexion en question relierait le poste Hertel à La Prairie, au Québec, aux portes de Manhattan.

Le tracé prévoit la construction d’une ligne souterraine de 58 km au Québec, entre le poste Hertel et la frontière américaine, où elle rejoindrait le projet de lien connu sous le nom de Champlain Hudson Power Express (CHPE).

Le tracé sur le sol américain, faisant 536 km de long, serait partiellement enfoui sous le lac Champlain et l’Hudson avant d’aboutir à Astoria, dans le Queens.

Ce projet d’interconnexion a déjà tous les permis nécessaires, contrairement à celui qui doit relier le Massachusetts en passant par le Maine, où il fait face à une forte opposition. Le promoteur américain de Champlain Hudson Power Express, Transmission Developers, a l’appui du groupe Blackstone pour le financement de l’interconnexion, dont le coût est estimé à 3 milliards US.

De l’énergie verte ?

Ce projet d’interconnexion entre le Québec et la ville de New York est dans les plans d’Hydro-Québec depuis le début des années 90. Au départ, la future interconnexion devait servir à vendre sur le marché de gros, sans contrat, mais la baisse du prix de l’électricité a rendu cette option difficile à rentabiliser.

La volonté récente des États du Nord-Est américain d’augmenter la part d’énergie renouvelable dans leur bilan a augmenté la valeur de l’hydroélectricité québécoise et fait revivre les projets d’interconnexion basés sur des ententes à long terme.

Selon le porte-parole d’Hydro-Québec, la clé d’un éventuel contrat avec New York est la reconnaissance du caractère renouvelable de l’électricité québécoise, produite par de grandes centrales, ce qui est toujours matière à débat au sud de la frontière.

Le Massachusetts considère l’électricité québécoise comme de l’énergie verte, ce qui a permis la conclusion d’un contrat d’approvisionnement de 20 ans avec Hydro-Québec. Si l’État de New York fait de même, les discussions sur un contrat semblable pourraient être conclues rapidement.

En février dernier, le maire de New York, Bill de Blasio, qui est le principal interlocuteur d’Hydro-Québec dans ces discussions, a indiqué qu’il voulait conclure cette année un contrat d’approvisionnement pour de l’électricité du Québec.

New York s’est donné pour objectif de consommer 50 % d’électricité propre dans ses bureaux, ses écoles et ses autres infrastructures municipales d’ici 2030.

Des investissements en chute libre

La crise du coronavirus freinera les investissements dans le secteur de l’énergie cette année, prévoit l’Agence internationale de l’énergie (AIE), et pourrait ralentir la transition vers l’énergie verte.

L’AIE prévoit une chute historique de 20 % des investissements en énergie dans le monde en 2020, alors qu’une augmentation de 2 % était prévue initialement. Le secteur le plus touché sera celui du pétrole de schiste, qui a permis aux États-Unis de devenir le premier producteur mondial, mais qui souffre énormément de la baisse des prix mondiaux.

Dans le secteur pétrolier, les investissements devraient baisser du tiers par rapport à l’an dernier, tandis que dans le pétrole de schiste, la chute sera encore plus accentuée, à 50 %.

Les énergies vertes subiront aussi les effets de la crise, selon l’AIE, qui s’attend à un repli de 11 % des investissements dans ce secteur. Les investissements dans les réseaux de transport et de distribution d’électricité, déjà en déclin avant la crise, continueront de diminuer, ce que déplore l’AIE, qui souligne que l’intégration des énergies renouvelables comme le solaire et l’éolien nécessite des réseaux plus modernes.