Alors que le gouvernement Trudeau multiplie les contorsions verbales pour éviter de chiffrer l’ampleur du déficit qu’il prévoit cette année, le directeur parlementaire du budget (DPB) Yves Giroux continue de faire ses calculs. Il prévoit maintenant que le manque à gagner s’établira à 260 milliards de dollars pour l’exercice financier en cours en tenant compte des mesures annoncées depuis sa dernière mise à jour publiée le 30 avril.

Joël-Denis Bellavance Joël-Denis Bellavance
La Presse

Témoignant devant le comité sénatorial des finances, mardi, M. Giroux a estimé que le premier ministre Justin Trudeau et ses ministres du cabinet ont annoncé l’équivalent de 7,6 milliards de dollars en nouvelles dépenses au cours du dernier mois, faisant ainsi grimper le déficit de 252 milliards qu’il avait évoqué dans son rapport le mois dernier à environ 260 milliards de dollars en 2020-2021.

Le DPB prévoit d’ailleurs publier une mise à jour de l’impact de la crise de la COVID-19 et de la chute des prix du pétrole sur les finances publiques du gouvernement fédéral en juin.

« Depuis le 30 avril, il s’est passé beaucoup de choses. Il y a des annonces quasi quotidiennes. Le premier ministre annonce des programmes ou de nouveaux programmes ou des prolongations de programmes qui ont été récemment annoncés. Ça rend le suivi de toutes ces mesures assez difficile. C’est pour cela que l’on fait des mises à jour assez régulières », a affirmé M. Giroux.

L’ampleur du déficit devrait faire passer la dette accumulée à près de 1000 milliards dollars au cours des 12 prochains mois – un seuil qui porterait le ratio de la dette en proportion de la taille de l’économie d’environ 31 % à 48 %. Il évalue qu’Ottawa va consacrer environ 8,2 % de ses revenus annuels aux paiements d’intérêt sur la dette. « C’est bas, mais c’est en augmentation comparativement à l’année précédente. Et c’est avec des taux d’intérêt qui sont à des planchers historiques. Cela représente 23 milliards de dollars en paiements d’intérêt et cela va augmenter au fur et à mesure que les taux d’intérêt augmentent au fil des ans. »

Le DPB a affirmé que le Canada demeure dans une situation enviable malgré l’énorme boulet financier qu’il traîne cette année, mais il prévient que des déficits de cette ampleur ne sont guère soutenables durant plusieurs années. « Il est assez clair qu’on ne pourra maintenir ce niveau de déficit. Aussitôt que les taux d’intérêt vont augmenter, ils vont gruger une partie de plus en plus importante des revenus fédéraux », a-t-il prévenu. Selon lui, il faudra soit réduire les dépenses ou augmenter les impôts pour éviter de sombrer dans l’ornière des déficits structurels.

M. Giroux a profité de son témoignage pour réitérer avec plus d’insistance son invitation au gouvernement Trudeau de présenter très prochainement une mise à jour économique et financière. « À quelques reprises déjà, j’ai encouragé fortement le gouvernement à déposer une mise à jour financière au moins pour nous donner une idée, aux parlementaires et aux Canadiens, de l’état de la situation des finances publiques ».

Il a fait valoir que la Banque du Canada a présenté de récentes projections en tenant compte d’un scénario optimiste et d’un scénario optimiste, même si l’incertitude continue de plomber l’économie de la planète. « Cela donne au moins une idée d’un ordre de grandeur. J’encourage encore le gouvernement à le faire, et plus tôt que tard », a-t-il argué.

Au moment même où M. Giroux explicitait son plus récent scénario des finances publiques durant une session virtuelle du comité du Sénat, le ministre des Finances Bill Morneau est devenu le dernier ministre en lice du gouvernement Trudeau au cours des deux dernières semaines a esquivé une question du Parti conservateur sur l’ampleur de l’encre rouge qui est prévue dans les officines gouvernementales cette année.

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Le ministre des Finances Bill Morneau

« Nous savons qu’il s’agit d’une crise et qu’il est très important de faire des investissements pour les familles et les entreprises canadiennes afin de nous assurer d’avoir un plan d’ici à la fin de la crise. Nous maintiendrons notre approche de faire des investissements puisque de cette façon nous aurons une économie lorsque la crise sera terminée », a affirmé le ministre Morneau. « Nous allons considérer la situation économique lorsque notre situation sera plus stable. Actuellement, l’économie est très fluide. »

« Nous sommes tous conscients qu’une crise génère des déficits. Nous sommes aussi conscients qu’un déficit, c’est une facture que nous envoyons à nos enfants », a répliqué le député conservateur Gérard Deltell, qui talonne le gouvernement Trudeau sur cette question depuis lundi.