Les réactions fusent de toutes parts à la suite de l’annonce d’une nouvelle étape du plan de déconfinement progressif de l’économie québécoise. Le milieu des affaires s’est dit particulièrement enthousiaste, mais rappelle que les entreprises ont encore besoin d’aide.

La Presse canadienne

Il y a deux semaines, le premier ministre François Legault avait procédé à une première étape de relance des activités économiques en redémarrant notamment les chantiers de construction résidentielle.

On avait aussi donné le feu vert à la relance de l’exploitation minière, des services de mécanique automobile et de tout ce qui entoure l’aménagement paysager.

La Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ) a parlé d’une annonce « fort attendue » et de « signal positif » pour l’économie, particulièrement pour le commerce de détail qui représente 480 000 emplois dans la province.

Par ailleurs, la FCCQ estime qu’il était crucial de rouvrir les chantiers de construction autres que résidentiels afin de rattraper les retards pour de nombreux projets d’infrastructures, a fait savoir par communiqué le président-directeur général Charles Milliard.

Même son de cloche chez l’Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, qui parle de « soulagement » pour le génie civil et la voirie. Selon elle, un retard prolongé aurait pu avoir d’importantes conséquences sur la fin de la saison puisque celle-ci est déjà très courte en raison du temps froid.

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on accueille aussi la stratégie de déconfinement progressif de manière favorable même si la métropole va devoir patienter un peu plus longtemps.

« Il était essentiel que le gouvernement donne un préavis suffisant aux entreprises et aux travailleurs pour qu’ils puissent se préparer », a fait savoir le président et chef de la direction, Michel Leblanc.

Aide financière

Si l’opportunité de relancer leurs activités fait le bonheur des entreprises, celles-ci tiennent tout de même à rappeler au gouvernement qu’elles ont besoin d’aide pour s’adapter aux nouvelles exigences en matière d’hygiène.

La Fédération des chambres de commerce du Québec réclame une aide financière pour couvrir une partie des coûts engendrés par les nouvelles normes sanitaires.

« Dans certains cas comme pour les secteurs de l’agroalimentaire, du manufacturier et de la construction, les entreprises devront carrément réaménager et rénover les lieux et leurs postes de travail ainsi que leurs lignes de production », observe le PDG de la FCCQ, Charles Millard, qui souligne que le niveau d’endettement des entreprises est déjà élevé.

« Cette nouvelle réalité nécessitera aussi l’ajout de ressources humaines pour s’occuper des entrées et sorties des magasins du secteur du commerce au détail, et accentuera la pression pour recruter la main-d’œuvre nécessaire », ajoute-t-il.

Pour M. Millard, les annonces du gouvernement fédéral concernant l’aide aux étudiants pourraient aussi s’avérer « néfastes » puisque ceux-ci représentent une importante main-d’œuvre à temps partiel.

Du côté de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on s’inquiète pour les secteurs d’activité qui devront attendre encore longtemps avant d’espérer une relance.

« Nous demandons aux gouvernements du Québec et du Canada d’annoncer rapidement les mesures d’aide qui seront déployées pour ces secteurs », plaide son président Michel Leblanc en donnant à titre d’exemple l’hôtellerie, la restauration, les lieux culturels et le secteur événementiel.

Une inquiétude partagée par le Conseil du patronat du Québec (CPQ). S’il est satisfait de la réouverture progressive de l’économie, le CPQ tient à ce que l’on n’oublie pas les secteurs forcés à l’arrêt encore plus longtemps et que des mesures d’aides soient déployées.

Santé d’abord

Sur une note plus prudente face à la relance, le porte-parole de Québec solidaire en matière de justice économique et fiscale, Vincent Marissal, prévient qu’il ne faut pas aller de l’avant « à n’importe quel prix » même s’il s’agit d’« une étape charnière » de la sortie de crise.

« La priorité doit demeurer d’assurer la santé et la sécurité des gens qui retournent travailler, insiste le député de Rosemont. Il n’est pas question de forcer qui que ce soit à un retour au travail si on ne respecte pas à 110 % les consignes du guide sanitaire de la CNESST. »

Une position partagée par la Confédération des syndicats nationaux (CSN), qui se dit encouragée par le respect des consignes observé dans la grande majorité des chantiers résidentiels depuis leur relance.

« Nous n’avons pas le droit à l’échec, car personne ne veut être responsable d’une deuxième vague de contamination », a commenté le président de la CSN-Construction, Pierre Brassard.

La Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) tient un discours similaire avec un intérêt particulier pour le dialogue entre gouvernement, employeurs et syndicats.

« Il ne peut y avoir de compromis », peut-on lire dans une déclaration attribuée au président de la FTQ, Daniel Boyer.

Il rappelle l’importance que les équipements de protection soient disponibles, que les travailleurs puissent se laver les mains souvent et qu’ils respectent la distanciation physique de deux mètres.

« Le succès du déconfinement économique va dépendre en grande partie de la bonne volonté du patronat de bien respecter les règles de santé et sécurité », croit M. Boyer.