La chute brutale des prix du pétrole brut ne profite pas aux raffineries, qui doivent réduire leur production pour faire face à la baisse de la demande d’essence et de carburant pour avions.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La raffinerie de Valero, à Lévis, a vu fondre la demande pour ses produits à une vitesse incroyable. En l’espace d’une semaine, la demande de carburant pour avions a dégringolé de 90 %, la demande d’essence a baissé de 60 % et celle de diesel, de 25 à 30 %.

« On a dû s’ajuster », explique Marina Binotto, porte-parole de l’entreprise qui fournit 70 % de l’approvisionnement du Québec en produits pétroliers. Même si la production est réduite, la totalité de l’effectif, soit quelque 470 personnes, est en poste à la raffinerie qui fonctionne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les raffineries comme celle de Lévis ne profitent pas de la baisse actuelle du prix du brut, comme celle qui a entraîné le WTI en territoire négatif lundi. D’une part, les raffineries achètent leur matière première des mois à l’avance et, d’autre part, leur capacité de stockage est limitée, pour le brut comme pour les produits raffinés. La faiblesse de la demande entraîne aussi un rétrécissement des marges de raffinage.

La raffinerie de Lévis avait rempli ses réservoirs pour se préparer à un arrêt planifié de ses activités qui aurait duré 54 jours. La crise du coronavirus a forcé l’entreprise à remettre à l’an prochain ces travaux estimés à 130 millions.

Suncor, l’autre raffineur présent au Québec, est aussi un producteur de pétrole albertain qui souffre des très bas prix actuels. L’entreprise a annoncé une réduction de 1,5 milliard de ses dépenses prévues pour 2020 et une baisse de sa production de brut en attendant un retour de la demande qui ferait remonter les prix.

La crise s’annonce longue

Après la plongée en territoire négatif lundi du contrat à terme du WTI pour livraison en mai, le pessimisme du marché s’est transféré au contrat pour livraison en juin, qui a pris la relève. Le brut de référence américain a glissé à 11,57 $US, en baisse de 43 % par rapport à sa valeur de la veille. Le contrat pour livraison en mai s’est terminé mardi.

Le prix du Brent, qui est la référence internationale, a aussi connu une dure journée. Son prix a baissé de 25 %, à 19,33 $US.

Les prix des contrats à terme pour les mois à venir restent bas, ce qui indique que le marché s’attend à ce que la demande soit longue à revenir. Le contrat à terme pour livraison dans un an, en avril 2021, se négociait mardi autour de 33 $US le baril, soit un prix inférieur au seuil de rentabilité de beaucoup de producteurs.

Les sociétés plus vulnérables pourraient ne pas survivre, et les producteurs américains, très endettés, sont menacés. Mardi, le président Trump a affirmé dans un tweet qu’il ne les laisserait pas tomber.

Plusieurs pays producteurs, dont l’Arabie saoudite, ont discuté de la possibilité de réduire davantage leur production pour freiner la chute des prix.

Le 12 avril, les membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) ont convenu de réduire leur production de 9,7 millions de barils par jour à compter du 1er mai. D’autres producteurs hors OPEP, dont le Canada, ont accepté de diminuer leur production de 3,7 millions de barils par jour.

Ces réductions pourraient être insuffisantes pour rééquilibrer le marché. La consommation a baissé de 30 millions de barils par jour depuis le début de la crise.