(Ottawa) La cadence annuelle de l’inflation au Canada a enregistré sa plus forte baisse mensuelle en plus d’une décennie, reculant sous la barre de 1 % en mars, alors que le prix du pétrole s’effondrait et que l’économie subissait les premiers contrecoups de la pandémie de COVID-19.

Craig Wong
La Presse canadienne

L’indice des prix à la consommation a grimpé de 0,9 % en mars par rapport au même mois l’an dernier, a précisé l’agence fédérale, connaissant sa plus faible augmentation d’une année à l’autre depuis mai 2015 — qui avait également été une période de faiblesse pour les prix du pétrole.

La baisse de mars par rapport à l’augmentation annuelle de 2,2 % de février était la plus prononcée depuis septembre 2006.

Les économistes s’attendaient en moyenne à une inflation annuelle de 1,2 % pour mars, selon les prévisions recueillies par la firme de données financières Refinitiv.

L’économiste en chef de la Banque de Montréal, Douglas Porter, a souligné que le ralentissement au Canada était plus important que dans certaines autres grandes économies, dont les États-Unis et le Royaume-Uni.

« L’inflation canadienne a fortement freiné au début des fermetures », a écrit M. Porter dans un rapport.

Selon l’économiste, il faut s’attendre à ce que l’inflation ralentisse encore plus dans les mois à venir avec « un séjour vraisemblablement en territoire négatif pendant une courte période de temps non définie ».

L’économie s’est immobilisée le mois dernier, les gouvernements ayant ordonné la fermeture d’entreprises non essentielles dans le but de ralentir la propagation de la COVID-19.

Les données sur l’inflation font suite au rapport sur le marché de l’emploi du mois de mars, dévoilé plus tôt ce mois-ci, qui indiquait que l’économie avait perdu plus d’un million d’emplois le mois dernier.

Selon une estimation préliminaire de Statistique Canada, l’économie se serait contractée de 9,0 % en mars, un recul inédit.

« L’inflation est la moindre des préoccupations de quiconque en ce moment, mais il est à noter que la fermeture obligatoire de vastes pans de l’économie fin mars a un effet profond sur la croissance des prix », a observé James Marple, économiste principal de la Banque TD.

« Il s’agit d’une nouvelle série de données montrant des variations sans précédent et qui continueront de le faire au moins pendant le mois d’avril. »

Les prix de l’énergie ont chuté de 11,6 % d’une année sur l’autre en mars, enregistrant leur diminution mensuelle la plus marquée depuis novembre 2008.

Statistique Canada a indiqué que les conducteurs ont payé 21,2 % de moins pour l’essence par rapport à mars 2019, en raison des bas prix du pétrole brut, qui ont également entraîné une baisse de 9,5 % du prix du mazout et d’autres combustibles et une baisse de 18,5 % du prix du carburant, des pièces et des accessoires pour véhicules de loisirs.

Dans un rapport distinct, la Régie de l’énergie du Canada a indiqué que les prix hebdomadaires moyens de l’essence au Canada étaient tombés à 80,2 cents le litre le 21 avril.

Dans l’ensemble, a-t-elle indiqué, les prix à la pompe ont baissé de 27 % au cours des six dernières semaines, enregistrant leur plus forte baisse sur six semaines depuis 2008.

En excluant le secteur de l’énergie, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 1,7 % en mars, a précisé Statistique Canada.

La moyenne des trois mesures canadiennes de l’inflation sous-jacente, qui sont considérées comme de meilleurs indicateurs des pressions sous-jacentes sur les prix et sont étroitement suivies par la Banque du Canada, a atteint 1,83 % en mars, contre 1,97 % en février.