C’est un Donald Trump étonnamment conciliant et presque capable de modestie qui a présenté jeudi soir le plan de sortie des États-Unis du confinement forcé qui a été imposé par la pandémie de COVID-19. Celui qui était si pressé de réactiver les moteurs de la principale puissance économique mondiale accepte maintenant de procéder à une sortie de crise qui se fera par étapes et qui sera surtout modulée selon la situation propre de chacun des États américains.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Depuis quelques jours déjà, on sentait que Donald Trump vivait une véritable torture en assistant, impuissant, à la paralysie forcée de l’économie américaine, et on le voyait bien rongé par une volonté incontrôlable de vouloir absolument faire quelque chose, n’importe quoi, à n’importe quel prix.

Celui qui a longtemps minimisé l’ampleur de la pandémie et ridiculisé les mesures jugées trop restrictives qui ont été mises en place pour en enrayer la propagation semble avoir finalement compris que la seule pensée magique n’arriverait pas à résorber la pandémie. Il a aussi compris qu’il était bien trop tôt pour espérer décréter un retour à la normale partout au pays.

Et c’est pourquoi la sobriété du plan de sortie de crise qu’il a dévoilé jeudi soir semble nettement plus appropriée à la situation puisqu’il fait appel au jugement des élus locaux qui seront les responsables de son application.

Donald Trump laisse effectivement aux gouverneurs de chaque État le soin de décider eux-mêmes du moment opportun pour assouplir les mesures de confinement et permettre la reprise des activités économiques autres que celles jugées essentielles dans leur État.

Le plan de retour à la normale sera évolutif et devra suivre trois étapes bien précises, la première étant qu’un État devra avoir enregistré une baisse du nombre de nouveaux cas d’infection par le coronavirus durant une période continue de 14 jours avant de pouvoir commencer à permettre un déconfinement progressif.

Selon Donald Trump, certains États comme le Montana, le Wyoming et le Dakota du Nord pourraient rapidement, dès demain, décréter la fin du confinement pour permettre aux entreprises non essentielles de recommencer leurs activités, mais il a évoqué plutôt une date de sortie de crise d’ici le 1er mai.

Mais, encore là, les règles de distanciation physique en entreprise devront continuer à être scrupuleusement respectées. Si le Montana peut espérer mettre fin rapidement à la consigne du confinement, il en sera tout autrement pour les États fortement affectés par la crise, comme l’État de New York, le New Jersey ou l’État de Washington, qui devront vivre durant de longues semaines encore, au moins jusqu’au 15 mai, dans le cas de l’État de New York, avant de penser à un retour progressif à la normale.

Donald Trump espère, ou rêve, que les États-Unis redeviennent pleinement opérationnels d’ici l’automne, mais, là encore, il n’a pas exclu l’éventualité que le pays soit confronté à une deuxième vague de contamination de la COVID-19 qui nécessiterait alors de nouvelles mesures de confinement.

Un plan bien accepté

L’approche fédérative et progressive qu’a adoptée Donald Trump devrait être bien acceptée par le monde des affaires américain, qui ne souhaitait pas nécessairement un retour à la normale hâtif ou précipité.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Louis Chênevert, ex-PDG de United Technologies

Louis Chênevert, qui a été durant plus de 15 ans le PDG de la multinationale Pratt & Whitney et de l’un des plus grands conglomérats américains, United Technologies, estime qu’il ne fallait surtout pas forcer une reprise artificielle.

Il va falloir durant des mois encore respecter la distanciation sociale de façon scrupuleuse et obliger le port des masques dans plusieurs secteurs d’activités tant que l’on n’aura pas trouvé un vaccin pour contrer le coronavirus.

Louis Chênevert

Le gestionnaire participait justement jeudi à deux conférences téléphoniques qui réunissaient plus de 150 PDG des plus grandes sociétés américaines et qui exposaient les défis et les étapes qu’allait impliquer un éventuel retour à la normale.

« J’ai vu des petits extraits de la conférence de presse de Donald Trump et cela semble aller dans la bonne direction. On va voir comment cela va s’appliquer au cours des prochains jours. Mais on ne pouvait pas imposer un retour à la normale pour tout le monde en même temps. On n’était pas prêts à ça.

« Il faut “focusser” sur la maladie et minimiser les impacts et les risques de contagion et bien évaluer les possibilités de l’émergence d’une deuxième vague au cours de l’automne. Tout le monde, les gouvernements, les hôpitaux, les industries doivent travailler ensemble pour bien gérer ce problème », estime le gestionnaire de carrière.

Autant Donald Trump est capable du pire et du plus grotesque – et cela de façon quasi quotidienne –, autant son plan dévoilé jeudi soir pour redémarrer l’Amérique again apparaît sobre et de bon ton.