(Paris) Les compagnies aériennes, mises à genoux par la crise du coronavirus, appellent à l’aide publique pour passer le cap d’une paralysie d’une ampleur et d’une durée jamais vues qui pourrait redessiner le paysage d’un secteur hier encore florissant.

Sonia WOLF
Agence France-Presse

Touchées de plein fouet par les fermetures de frontières et les restrictions de circulation, partout dans le monde les compagnies aériennes ont une à une cloué leur flotte au sol, avec des mesures de chômage partiel pour des milliers d’employés dans le monde.

Début avril, l’effondrement du trafic mondial atteignait 80 % par rapport à 2019 alors que le secteur naviguait encore sur des prévisions confortables d’un doublement du nombre de passagers dans 20 ans avec un rythme de croissance de 3 à 4 % par an.  

À la fin mars, l’Association internationale du transport aérien (IATA) estimait que la moitié des compagnies aériennes risquent d’être à court de liquidités dans les deux à trois mois.

L’organisation, qui regroupe 290 compagnies aériennes, réclame à cor et à cri un engagement financier des États pour sauver les transporteurs de la faillite, par voie de nationalisations, recapitalisations, annulations ou reports de charges et de taxes, prêts garantis…

Certains pays ont déjà répondu positivement, mais il s’agit « maintenant d’agir rapidement, nous avons besoin que l’argent arrive », s’est alarmé mardi le directeur général de l’IATA, Alexandre de Juniac, soulignant que 25 millions d’emplois sont menacés dans le monde.  

« Risque substantiel de banqueroute »

Aux États-Unis, après des jours d’âpres négociations, l’administration Trump et les compagnies aériennes américaines sont parvenues mardi à un accord de principe sur un plan de sauvetage d’un secteur qui emploie directement plus de 750 000 personnes dans ce pays.

Les termes de l’accord n’ont pas été dévoilés. Fin mars, le plan de relance de l’économie américaine prévoyait 25 milliards de dollars de subventions aux compagnies aériennes.  

Mercredi, le ministre français de l’Économie Bruno Le Maire a promis pour sa part que la question d’un soutien à Air France, sous une forme qui reste à déterminer, était « une affaire de jours ».

En Allemagne, Carsten Spohr, le patron de Lufthansa, a tiré la sonnette d’alarme et appelé le gouvernement à l’aide prévenant que le groupe perdait actuellement un million d’euros « par heure ».

Les Émirats arabes unis, la Colombie, Singapour, l’Australie, la Chine, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suède ou encore le Danemark ont répondu positivement à l’appel au secours des compagnies, selon l’IATA.  

« Les compagnies nationales […] qui sont un outil de souveraineté et de rayonnement auront probablement un soutien de leur État », commente Bertrand Mouly-Aigrot, expert en transport aérien au cabinet Archery Strategy Consulting.

Pour lui, les compagnies « les plus à risque » sont les petites compagnies indépendantes ou encore les transporteurs à rabais long-courrier, dernières nées du modèle à bas coût, qui n’ont pas encore atteint une structure financière pérenne.  

Dans son scénario le plus optimiste, le cabinet Archery estime qu’il faudra 3 ou 4 ans pour atteindre le niveau de trafic précrise, et environ 10 ans pour retrouver le même rythme de croissance, en raison notamment de la récession mondiale annoncée.  

Guerre du Golfe en 1990, attentats de septembre 2001, syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) en 2002-2003, crise financière de 2008, éruption du volcan islandais Eyjafjallajökull en 2010 : le transport aérien a l’habitude des coups durs.

Mais cette fois, « il y a une conjonction de facteurs qui laisse penser que la reprise de la demande sera beaucoup plus lente et beaucoup plus progressive », commente M. Mouly-Aigrot.

En outre, souligne Brian Pearce, le responsable financier de l’IATA, il y a dans le monde « un nombre relativement faible de compagnies aériennes financièrement solides » et donc un « risque substantiel de banqueroute » pour un certain nombre d’entre elles si les aides gouvernementales n’arrivaient pas rapidement.