L’annulation du Festival international de jazz de Montréal (FIJM), ce n’est pas seulement des centaines de spectacles qui n’auront pas lieu ; c’est aussi l’annulation de l’évènement touristique générant le plus de retombées dans l’économie montréalaise.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Le Festival de jazz génère environ 48,5 millions de retombées économiques par an pour l’économie de la région de Montréal. Le FIJM se classe ainsi au premier rang des festivals et évènements touristiques à Montréal en matière de retombées économiques, tout juste devant le Grand Prix de F1 du Canada (42,4 millions). 

Environ 29,1 millions des retombées économiques du FIJM proviennent de l’extérieur du Québec, comparativement à 27,9 millions pour le Grand Prix du Canada. Les Francos, eux, génèrent des retombées économiques d’environ 9,8 millions par an, dont 1,3 million provient de l’extérieur du Québec.

À eux deux, le FIJM et les Francos génèrent environ 58,3 millions en retombées économiques (valeur ajoutée à l’économie), selon la méthode de calcul de Tourisme Québec. Mais ils n’auront pas lieu en 2020 en raison du nouveau coronavirus.

« Ça frappe dur pour l’économie montréalaise et québécoise. Ça frappe fort du côté des artistes, des 500 à 700 employés qui travaillent sur ces évènements-là [ainsi que le Festival Juste pour rire, reporté à l’automne] et des gens qui travaillent autour de ces festivals », dit Jacques Aubé, président de l’Équipe Spectra (Groupe CH), qui a les contrats de gestion du FIJM et des Francos.

Les retombées économiques de ces évènements sont bien réelles.

Jacques Aubé, président de l’Équipe Spectra

« En temps normal, ça retient du monde à Montréal, ça amène des touristes du reste du Québec [et de l’extérieur du Québec]. C’est un impact bien réel pour les restaurateurs et les commerçants », dit Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

Le FIJM et les Francos, organismes sans but lucratif, discutent actuellement avec les divers ordres de gouvernement afin de toucher leurs subventions pour 2020. Les deux festivals ont déjà fait des dépenses importantes en vue de l’édition 2020, qui n’aura pas lieu. Ils généreront des déficits en 2020 qu’ils devront éponger au fil des prochaines années.

Des concerts dès l’automne ?

Si la situation sanitaire le permet, le FIJM et les Francos pourraient organiser des spectacles l’automne prochain afin de renflouer leurs coffres, sans tenir nécessairement un festival complet.

« Mon message aux gouvernements : il faut soutenir les organisateurs pour qu’ils puissent traverser la crise, qu’ils soient prêts pour l’automne et pour l’été prochain », lance Michel Leblanc, président et chef de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain.

L’an prochain, on doit redevenir la ville des festivals.

Michel Leblanc

Pour l’instant, le Grand Prix du Canada est toujours officiellement prévu le 14 juin en tant que premier rendez-vous de la saison de F1. Il est toutefois peu probable que la course ait lieu. De grands évènements sportifs internationaux, comme Roland-Garros (mai-juin) et Wimbledon (juin-juillet), ont déjà été annulés. Et le Canada a fermé ses frontières jusqu’au 30 juin. Une décision officielle sur l’édition 2020 du Grand Prix du Canada doit être prise entre le 12 avril et le 1er mai.

Au début de juin, le Groupe CH/evenko devra aussi décider du sort de son festival Osheaga, qui génère des retombées économiques de 19,5 millions par an, dont 15,2 millions proviennent de l’extérieur du Québec.

Note : Tous les chiffres de retombées économiques dans cet article proviennent d’études réalisées par une firme externe pour le compte des festivals, selon la méthode de calculs utilisée par Tourisme Québec. Ces chiffres sont pour l’édition 2015 (Grand Prix), 2016 (Osheaga) et 2017 (FIJM et Francos). C’est la dernière année qu’ont été mis à jour les chiffres de retombées économiques des festivals.