Très bonne nouvelle. Les banques et les caisses populaires vont être directement impliquées dans la gestion des programmes d’aide financière d’urgence qu’ont mis sur pied les gouvernements de Québec et d’Ottawa pour soulager les entreprises qui font face à des problèmes de liquidités. En situation de crise, il faut aller au plus urgent, et c’est exactement ce que viennent de faire nos gouvernements.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

Très bonne nouvelle. Les banques et les caisses populaires vont être directement impliquées dans la gestion des programmes d’aide financière d’urgence qu’ont mis sur pied les gouvernements de Québec et d’Ottawa pour soulager les entreprises qui font face à des problèmes de liquidités. En situation de crise, il faut aller au plus urgent, et c’est exactement ce que viennent de faire nos gouvernements.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Les 2,5 milliards de crédits que Québec vient de dégager pour venir en aide aux entreprises en détresse ou en grand stress financier vont être directement administrés par les institutions financières avec lesquelles elles font déjà affaire.

La crise de liquidités sans précédent à laquelle sont déjà confrontées un nombre important d’entreprises – qui ne fera qu’augmenter au cours des prochaines semaines – méritait que l’on adopte des mesures d’aide express, capables de livrer des résultats immédiats.

Il fallait absolument éviter le red tape ou la multiplication d’intermédiaires, de comités d’évaluation, de palabres procédurières de fonctionnaires. L’ampleur de la crise qui se dessine forçait une action-choc.

Comme le soulignait avec justesse dans La Presse de jeudi l’ex-ministre péquiste de l’Industrie Daniel Paillé, personne ne connaît mieux une entreprise que le banquier qui l’accompagne depuis des années dans son parcours.

Les 2,5 milliards de crédits que Québec vient de dégager pour venir en aide aux entreprises en détresse ou en grand stress financier vont être directement administrés par les institutions financières avec lesquelles elles font déjà affaire.

Si la banque ou la caisse populaire juge que la demande de son entreprise cliente est trop risquée pour sa capacité de prêter, l’institution financière n’aura qu’à se retourner et demander à Investissement Québec de garantir l’emprunt ou d’en assumer elle-même les frais.

Le ministre de l'Économie Pierre Fitzgibbon évoquait jeudi que plus de 600 entreprises avaient déjà formulé des demandes de liquidités pour faire face à la crise du coronavirus.

L’aide de Québec sous forme de prêts et de garanties de prêts à partir de 50 000 $ dépannera en urgence un nombre important d’entreprises, mais elle ne permettra pas de sauver toutes celles qui éprouvent de graves difficultés financières.

Pour obtenir du soutien financier de sa banque ou d’Investissement Québec, il faut faire la démonstration de la viabilité de son plan d’affaires et aussi démontrer que la dégradation de la situation financière est directement liée au contexte généré par la crise du coronavirus.

Le ministre Fitzgibbon a eu l’honnêteté d’admettre que des PME – le Québec en compte plus de 250 000 – n’allaient pas survivre à la crise actuelle, particulièrement en région où l’activité commerciale sera durement touchée.

Ceux qui doutent encore de l’ampleur de la crise à laquelle on est confrontés ne seront pas rassurés en apprenant que les économistes de Bank of America prévoient une contraction de 12 % du PIB américain au cours du prochain trimestre, alors que ceux de JPMorgan anticipent une chute de 14 % de l’activité économique aux États-Unis au cours des trois prochains mois…

Un guichet unique

Le plan d’aide financière d’urgence aux entreprises a été présenté par le premier ministre Legault comme un pont, une passerelle qui allait permettre aux entreprises de traverser la récession.

Il faudra réinjecter des fonds additionnels pour relancer l’activité économique lorsque la crise du coronavirus montrera des signes probants d’affaiblissement, a aussi convenu le ministre des Finances, Eric Girard.

Mais la beauté du plan d’aide d’urgence de 2,5 milliards qu’a mis sur pied Québec est qu’il s’intègre à merveille au plan de secours de 10 milliards d’Ottawa, annoncé la semaine dernière, mais dont on vient seulement d'obtenir les modalités d’application.

Essentiellement, la BDC (Banque de développement du Canada) et EDC (Exportation et développement Canada) vont gérer les 10 milliards qui seront mis à la disposition des entreprises dans le besoin.

La BDC va accorder jusqu’à 2 millions en prêt par entreprise pour stabiliser leur fonds de roulement. L’institution va aussi permettre (comme IQ d’ailleurs) des reports de remboursement de six mois aux entreprises déjà clientes qui lui en feront la demande.

Mais encore une fois, toutes les demandes de soutien financier de la BDC vont être lancées par les institutions financières des entreprises. Si les banques ou les caisses jugent trop risquée la demande d’un client, elles le redirigeront vers la BDC ou vers IQ.

Bien sûr, les entreprises qui souhaitent faire affaire directement avec la BDC ou IQ pourront toujours continuer de le faire, mais le processus sera nettement plus long que si elles passent par leur institution financière.

Les spécialistes de la BDC ou d’IQ devront ouvrir un dossier, réaliser la vérification diligente habituelle, consulter les créanciers…, bref des étapes qui grugent du temps, des semaines qu’on n’a pas les moyens de laisser passer quand on traverse une crise aussi fulgurante que celle que l’on vit actuellement.

C’est beaucoup plus simple de prendre le pont pour traverser la récession que d’essayer de naviguer dans les tumultes de la crise.