(Washington) Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin négociait toujours mercredi un gigantesque plan de relance économique de 1300 milliards de dollars pour amortir l’impact du nouveau coronavirus, au moment où les élus adoptaient un paquet de mesures sociales de 100 milliards.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

M. Mnuchin avait agité le spectre d’un taux de chômage de 20 % la veille lors d’une réunion avec les élus républicains, pour leur faire prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe qui menace la première économie du monde.

Il a ensuite tempéré ses propos, tout comme Donald Trump.

« Nous sommes très loin de ça », a réagi le président, qui brigue un second mandat à la Maison-Blanche.

« C’est le pire des plus sombres scénarios », a-t-il dit.

Pour sa part M. Mnuchin a martelé sur CNBC que la priorité absolue était d’injecter des liquidités en faveur des entreprises et des Américains les plus fragilisés pour éviter les faillites, les licenciements et l’impossibilité pour de nombreux ménages de continuer à payer leurs factures.

Il s’est dit confiant qu’il obtiendrait un soutien des républicains comme des démocrates.

« Nous allons vaincre la maladie », a-t-il poursuivi, se disant également convaincu que l’économie repartirait de plus belle une fois la pandémie passée.

Pour l’heure, le temps presse alors que les économistes estiment que la première économie du monde est déjà en récession.

Les mesures adoptées mercredi doivent notamment permettre à des millions de travailleurs américains malades de rester chez eux plutôt que d’infecter leurs collègues par peur de perdre leur revenu.

Donald Trump soutient ce texte et devrait donc rapidement le signer pour qu’il entre en vigueur.  

Malgré cela, le deuxième trimestre « pourrait connaître la pire contraction de l’activité économique de tous les temps », opine ainsi Gregory Daco, chef économiste d’Oxford Economics.

« Je ne serais pas surpris de voir le taux de chômage dépasser les 10 % en avril », a-t-il souligné, notant que les pertes d’emplois pourraient se compter en millions dans la mesure où plus de 20 % de l’emploi est concentré dans les secteurs de la distribution, des loisirs et de l’hôtellerie, particulièrement fragilisés par le coronavirus.

Les projections sur le chômage sont particulièrement difficiles à faire alors que l’incertitude règne sur la durée et la sévérité de la pandémie.

Partie de Chine fin 2019, elle a infecté plus de 7700 personnes et fait 118 morts aux États-Unis, selon les projections de l’université Johns Hopkins.

L’impact sur l’emploi « est en dehors de ce que tout modèle peut commencer à capturer », a réagi Diane Swonk, économiste en chef pour Grant Thornton qui avance sans conviction 6,4 % de chômage dans les tout prochains mois.

Avant l’éclosion de l’épidémie, l’administration Trump se vantait de la bonne santé de l’économie américaine et de l’emploi en particulier.

À 3,5 % en février, le taux de chômage était même le plus faible depuis un demi-siècle.

Et la principale difficulté des entreprises était le manque de main-d’œuvre.

Mais l’épidémie a bouleversé la donne dans un pays où de nombreuses personnes sont payées à la journée ou à la semaine.  

Les mesures draconiennes-fermeture de bars, de restaurants, suspension des lignes aériennes, arrêt du tourisme, etc. – précipitent de nombreux secteurs dans la récession.

Le taux de chômage est un important baromètre permettant de mesurer la croissance ou la récession d’un pays, mais il n’est pas un indicateur en temps réel.

Concrètement, il n’augmente qu’après le début d’une récession et continue d’augmenter même après la reprise de l’économie.

2000 dollars pour les Américains

Car les employeurs hésitent à licencier lorsque l’économie ralentit surtout quand elles ont eu du mal à recruter. Pour les grandes entreprises, l’élaboration d’un plan de licenciement peut aussi prendre des mois.  

À l’inverse, après une récession, elles sont réticentes à embaucher de nouveaux travailleurs sans la certitude que l’économie est effectivement dans une phase d’expansion.  

Pendant la crise financière de 2008, la récession avait ainsi commencé au premier trimestre. Mais le taux de chômage n’a atteint son sommet qu’en octobre 2009 (10,2 %) après la fin de la Grande dépression.

Le plan de relance du Trésor américain comprend des mesures phares telles que l’envoi de deux chèques de 1000 dollars chacun à de nombreux Américains ou encore l’octroi de 300 milliards de dollars pour les petites entreprises « pour assurer la continuité de l’emploi » et 150 milliards pour d’autres secteurs fragiles tels que le tourisme et l’hôtellerie, selon le Washington Post.

Pour le seul secteur du transport aérien, qui pourrait connaître une contraction pire qu’après les attentats du 11-septembre, la Maison-Blanche propose une aide de 50 milliards.

Mais l’administration Trump a besoin du soutien des démocrates pour promulguer ce plan.

De nombreux démocrates sont favorables à l’envoi d’argent aux Américains en difficultés.  

Mais les aides aux entreprises pourraient susciter de nombreux débats et retarder l’adoption de ce plan vital pour l’économie.