(Francfort) Fermant la marche des grandes banques centrales, la Banque centrale européenne a dégainé à son tour jeudi un arsenal de mesures face à l’épidémie de coronavirus, avant de renvoyer la balle dans le camp des États.

Jean-Philippe LACOUR, avec Coralie FEBVRE à Berlin
Agence France-Presse

D’un ton très ferme, la présidente Christine Lagarde a tracé face à la presse une ligne de partage : à charge pour la BCE, par ses décisions ciblées, de maintenir de « bonnes conditions de financement pour les ménages, entreprises et banques » fragilisés par cette crise.

L’institut de Francfort va pour cela favoriser les prêts aux PME et renforcer ses achats de dette publique et surtout privée. Contrairement à ce qu’attendaient nombre d’observateurs, la BCE n’a pas touché à ses taux directeurs.

Mais le « choc majeur » causé par l’épidémie, à l’origine d’une « considérable aggravation des perspectives de croissance », requiert avant tout une « réponse budgétaire ambitieuse et coordonnée », a martelé Mme Lagarde.

« Je ne crois pas que qui que ce soit devrait attendre des banques centrales qu’elles soient en première ligne de la réponse », a-t-elle insisté, tout en fustigeant « la complaisance et la lenteur » des gouvernements « en particulier en zone euro ».

Mesures « ciblées »

L’ancienne patronne du Fonds monétaire international a même suggéré une mesure- « des garanties sur les crédits » -et un calendrier, en renvoyant à la réunion de l’Eurogroupe lundi prochain.

Les places boursières, déjà en plein krach et qui attendaient beaucoup de la BCE, ont terminé sur des chutes historiques : -12,28 % à Paris, -12,24 % à Francfort, -10 % à Londres, -14,06 % à Madrid et même-16,92 % à Milan.

Du côté des analystes, l’accueil est plus positif : « il est hautement douteux qu’un quelconque bazooka », c’est-à-dire une décision plus forte de la BCE, aurait aidé face au coronavirus, observe Carsten Brzeski, de la banque ING.

A la place, l’institut de Francfort a opté pour « une collection » de mesures « ciblées mais plus restreintes » que celles de la Réserve fédérale américaine ou la Banque d’Angleterre, qui ont toutes deux baissé leurs taux.

Il s’agit avant tout « de désamorcer les problèmes de liquidités des banques ou des PME liés à la crise », a résumé Clemens Fuest, de l’institut allemand IFO.

Dans le détail, l’institut a lancé un programme de prêts ciblés sur les PME, pour que les banques aident les entreprises frappées par l’épidémie à boucler leurs fins de mois. L’objectif est d’éviter une vague de faillites, qui aurait des conséquences sociales catastrophiques.

L’Italie sous pression

Par ailleurs, la BCE a annoncé qu’elle dépenserait 120 milliards d’euros supplémentaires d’ici la fin de l’année pour acheter de la dette, particulièrement celle « du secteur privé ». Cet effort vient renforcer le programme relancé en novembre et portant déjà sur l’achat de 20 milliards d’euros d’actifs publics et privés par mois.

Enfin, l’institut a autorisé les banques sous sa supervision à s’affranchir temporairement des exigences de fonds propres et de liquidité en vigueur, pour éviter à tout prix que des établissements sous pression cessent de financer l’économie.

Face à la presse, Mme Lagarde a souligné l’incertitude sur l’impact de l’épidémie, qui devrait être un choc « temporaire » si « les bonnes mesures sont prises par l’ensemble des acteurs ».

Alors que l’Italie est de loin le pays européen le plus touché par la crise, elle a expliqué que les décisions de la BCE pourraient « aider » le pays. Mais elle n’a évoqué aucune réponse ciblée, malgré l’appel du pied la veille du ministre italien de l’Économie.

« Nous ne sommes pas là pour combler les spreads (écarts entre taux), ce n’est pas la fonction ou la mission de la BCE », a-t-elle déclaré, en référence aux tensions entourant la dette italienne sur le marché obligataire.

Répondant ensuite à la chaîne CNBC, elle a néanmoins promis d’utiliser « toute la flexibilité » du programme de rachats de dette : tant qu’elle respecte certaines limites, la BCE peut en effet racheter plus particulièrement des obligations d’État italiennes si le pays peine à se financer.