Le taux de chômage a encore diminué au Québec : il est désormais à 4,5 %. Il faut remonter loin, très loin, pour que l’économie du Québec ait un taux de chômage aussi faible.

Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

La dernière fois, Jean Béliveau était capitaine du Canadien, Daniel Johnson (père) était premier ministre du Québec, et l’homme n’avait pas encore marché sur la Lune. C’était en 1966, et le taux de chômage pour l’ensemble de l’année avait été de 4,1 %.

En février dernier, le taux de chômage du Québec a chuté de 0,6 % pour atteindre 4,5 %. Le Québec est ainsi redevenu la province canadienne avec le plus faible taux de chômage, passant devant la Colombie-Britannique (5,0 %, en hausse de 0,5 % depuis un mois). Le Québec avait dépassé la Colombie-Britannique au premier rang durant un mois en août 2019 avant de lui recéder le trône le mois suivant.

Pour le troisième mois consécutif, le Québec a ajouté environ 20 000 emplois, principalement des emplois à temps plein (+ 13 900 emplois à temps plein, contre + 6100 emplois à temps partiel).

Ça témoigne du bon tonus de l’économie du Québec et d’un marché de travail de plus en plus serré à cause du vieillissement de la population.

Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins

De son côté, le Canada a vu son taux de chômage augmenter légèrement de 0,1 % pour s’établir à 5,6 %. Il s’est tout de même créé 30 300 emplois au pays en février. (Si le taux de chômage a légèrement augmenté, c’est que la population active du pays a augmenté d’environ 40 000 personnes.)

Avec son taux de chômage de 4,5 %, le Québec creuse ainsi son écart avec l’Ontario, dont le taux de chômage est passé de 5,2 % à 5,5 % le mois dernier.

Selon un rapport du Mouvement Desjardins, les nouveaux emplois au Québec ont surtout été créés dans trois domaines : les services d’enseignement (+ 8400 emplois), les services professionnels, scientifiques et techniques (+ 8200), l’information et la culture (+ 8100).

Le Québec, quatrième au pays pour le taux d’emploi

Il faut toutefois apporter un bémol sur ces bonnes nouvelles en provenance du marché du travail. Oui, le Québec a plus de travailleurs (+ 20 000 le mois dernier) et moins de chômeurs (- 28 000 le mois dernier). Mais si le taux de chômage diminue au Québec, c’est aussi parce que sa population vieillit et que de plus en plus de Québécois prennent leur retraite et quittent le marché du travail. Quand une personne prend sa retraite, elle ne fait pas augmenter le taux de chômage puisqu’on la retire plutôt de l’équation (elle n’est plus sur le marché du travail).

Le taux de chômage mesure le nombre de chômeurs sur la population active (tous ceux qui occupent un emploi ou qui s’en cherchent un). C’est la donnée la plus connue du grand public en matière d’emploi.

Moins connu que le taux de chômage, le taux d’emploi est aussi très important. Il mesure le nombre de personnes qui occupent un emploi sur l’ensemble de la population de 15 ans et plus (en incluant les retraités et les chômeurs qui, découragés, ne se cherchent plus d’emploi). Au contraire du taux de chômage, le taux d’emploi tient donc compte du vieillissement de la population.

Avec un taux d’emploi de 61,8 % en février, le Québec se classe ex aequo au quatrième rang parmi les provinces canadiennes, derrière l’Alberta (65,4 %), la Saskatchewan (65 %), le Manitoba (63,6 %) et ex aequo avec l’Île-du-Prince-Édouard.

À noter

Statistique Canada utilise la même méthode pour calculer le taux de chômage depuis 1976. Auparavant, la méthode de collecte des données était quelque peu différente. Il y a quelques mois, La Presse a demandé à Statistique Canada de faire la comparaison avec les années avant 1976. L’organisme fédéral « a mené en parallèle les deux collectes pendant un certain temps à l’époque, ce qui lui a permis d’ajuster les années précédentes. Plus on recule dans le temps, plus la comparaison doit être interprétée avec prudence. Par exemple, avant 1965, le taux de chômage s’applique aux personnes de 14 ans et plus, alors qu’après, c’est 15 ans et plus », écrivait le collègue Francis Vailles dans une chronique le mois dernier.