(Paris) Liaisons suspendues, voyageurs tétanisés et annulations d’événements : l’épidémie de COVID-19 pourrait coûter plus de 100 milliards de dollars au transport aérien, plongeant le secteur dans une situation « presque sans précédent », a annoncé jeudi l’Association internationale du transport aérien (Iata).

Sonia WOLF
Agence France-Presse

« En un peu plus de deux mois, les perspectives du secteur dans la plupart des régions du monde se sont radicalement assombries », a souligné le directeur général de l’Iata Alexandre de Juniac, dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion à Singapour évoquant une situation « presque sans précédent ».

Il a appelé les gouvernements à des baisses d’impôts et de charges. Il a aussi demandé l’assouplissement des exigences vis-à-vis des compagnies concernant leurs créneaux d’atterrissage et de décollage, qu’en temps normal elles risquent de perdre si elles tombent sous un seuil de 80 % d’utilisation.  

« Les voyageurs partent du principe qu’ils n’ont pas suffisamment d’informations » sur cette épidémie, a renchéri William Franke, fondateur de la société Indigo Partners, qui investit dans le secteur aérien. « Résultat : beaucoup de personnes décident de rester chez elles », a-t-il ajouté lors d’une grand-messe de l’aviation à Washington.

L’Iata, qui regroupe 290 compagnies aériennes, a estimé les pertes de chiffre d’affaires des compagnies aériennes pour le transport de passagers entre 63 milliards de dollars – si la propagation du virus est contenue – et 113 milliards – si le nouveau coronavirus continue à se répandre. Cette estimation ne prend pas en compte les pertes du transport de fret.

Le scénario le plus critique représente une baisse de 19 % des revenus mondiaux du transport aérien de passagers, un secteur qui a généré l’an dernier 838 milliards de dollars de chiffre d’affaires.

Les régions Afrique, Amérique latine et Caraïbes sont pour l’heure exclues de cette étude de marché en raison du très faible nombre de cas de contamination.

« Du point de vue financier, cela serait équivalent à ce qu’a subi le secteur » lors de la dernière crise financière mondiale de 2008-2009, note l’organisation.  

Le 20 février, l’Iata avait publié une première estimation de 29,3 milliards de dollars de perte de chiffre d’affaires dans un scénario où l’impact était limité aux marchés associés à la Chine. Mais le virus a atteint depuis plus de 80 pays.

Flybe première victime

Le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), à l’origine d’une épidémie meurtrière en 2002-2003, était jusqu’ici l’événement lié à une épidémie ayant eu l’impact le plus fort sur les volumes de trafic.  

Depuis fin janvier, des dizaines de compagnies aériennes ont suspendu ou réduit leur desserte de la Chine, berceau de l’épidémie, puis de l’Italie. Le mouvement de baisse de réservations a ensuite fait tache d’huile, atteignant désormais toutes les destinations y compris celles qui sont faiblement touchées par la maladie.   

Les réservations à destination de l’Europe, en provenance des continents américain, asiatique et africain, se sont effondrées de 79 % lors de la dernière semaine de février, a indiqué jeudi la société spécialisée Forwardkeys.

« Nous avons enregistré, lors des derniers jours, un déclin significatif de la demande et une hausse des annulations de voyages liés aux craintes associées au COVID-19 », a indiqué jeudi la compagnie américaine Southwest, qui évalue entre 200 et 300 millions de dollars le manque à gagner dans ses comptes.

Réunies à Bruxelles mardi, les principales compagnies aériennes européennes avaient prévenu que la crise ferait des victimes parmi les plus faibles d’entre elles.  

La compagnie aérienne britannique Flybe a cessé ses activités, incapable de faire face à la chute du trafic aérien liée à l’épidémie.

Norwegian Air Shuttle, qui misait sur un retour dans le vert en 2020, est revenue jeudi sur ses prévisions, conséquence du nouveau coronavirus qui accentue les difficultés de la compagnie à bas coûts.

Les compagnies aériennes ont déjà annoncé des mesures d’économie avec le gel des embauches, des salaires et promotions, la réduction des dépenses administratives, des congés sans solde, des formations non obligatoires ou encore du chômage technique temporaire.

Lufthansa a immobilisé 150 appareils et suspendu tous ses vols vers Israël.  

En Bourse, c’est l’hécatombe. American Airlines chutait de plus de 9 % jeudi à Wall Street.

Seule bonne nouvelle pour l’heure, la baisse des prix du pétrole depuis le début de l’année qui pourrait faire baisser la facture du kérosène, selon l’Iata.