Le coronavirus mènera-t-il à une récession ? Si le virus continue de se propager de façon plus importante, il pourrait réduire la croissance économique mondiale de moitié en 2020, selon l’OCDE. De nombreux pays d’Europe tomberaient alors en récession (ce serait déjà le cas en Italie). Et le Canada ? Il subira aussi des contrecoups économiques, mais pas au point de tomber en récession, pensent les experts consultés par La Presse. État de la situation.

Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

Dans le rouge pour le début de 2020

Le coronavirus (COVID-19) menace-t-il la croissance de l’économie mondiale ? Oui, répond l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) dans un rapport publié lundi. Selon l’OCDE, le COVID-19 cause déjà des « perturbations économiques majeures ». Pour les trois premiers mois de 2020, la croissance de l’économie mondiale « pourrait être négative », avertit l’organisation, qui a révisé sa prévision de croissance de 2,9 % à 2,4 % pour l’économie mondiale en 2020. Ça, c’est à condition que l’épidémie atteigne son pic en Chine d’ici la fin de mars et qu’elle se révèle « plus modérée et circonscrite » dans les autres pays. Selon ce scénario, l’Italie entrerait probablement en récession (croissance de 0 % en 2020), tandis que le Japon (+ 0,2 %) et l’Allemagne (+ 0,3 %) n’en seraient pas loin.

L’économie du Québec mieux protégée

Pour l’instant, le Québec (un cas, aucun mort) et le Canada (27 cas, aucun mort) sont peu touchés par le COVID-19. Il y a toutefois déjà des impacts économiques, notamment en raison du ralentissement de la production en Asie. Le Mouvement Desjardins et la Banque Nationale estiment que le virus, dans son état actuel, réduira la croissance économique de 0,2 % au Québec en 2020. Desjardins et la Banque Nationale évaluent tous deux la croissance de l’économie québécoise à 1,7 % (produit intérieur brut réel) en 2020. « Pour le moment, les conséquences sont sur d’autres continents [qu’au Québec, au Canada et aux États-Unis] », dit François Dupuis, vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins.

Et si le virus empirait ?

Et si le COVID-19 empirait et se propageait de façon encore plus importante en Europe, en Amérique du Nord et en Asie ? Cette fois-ci, la croissance de l’économie mondiale en 2020 serait réduite de moitié : de 2,9 % à 1,5 %. L’Europe entrerait alors en récession, tout comme le Japon.

Que feront les banques centrales et les ministres des Finances ?

Pour l’instant, l’OCDE mise plutôt sur le scénario d’une épidémie plus modérée et circonscrite. Les grandes banques centrales et les ministres des Finances du G7 se rencontrent ce mardi pour discuter de la situation.

Quelles sont leurs options ?

Les banques centrales peuvent diminuer les taux d’intérêt pour stimuler l’économie. Au Canada, le taux directeur est à 1,75 %. Par contre, en Europe, le taux de la Banque centrale européenne est à 0 % (il est possible de le diminuer, mais c’est plus complexe). « Ils n’ont pas beaucoup de marge de manœuvre », dit François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins. On en saura plus mardi. Et aussi mercredi, alors que la Banque du Canada doit annoncer si elle modifie ou non son taux directeur. L’économiste en chef de Valeurs mobilières Banque Laurentienne, Sébastien Lavoie, ne serait pas surpris de voir les banques centrales baisser les taux ensemble si la situation s’aggrave. « Ils se gardent l’option de bouger ensemble », dit-il.

Les gouvernements, eux, pourraient offrir des mesures incitatives fiscales temporaires pour hausser la consommation si la crise continue. Si c’est nécessaire, « le Canada a les moyens de faire quelque chose », dit Douglas Porter, économiste en chef de BMO Groupe financier.

Et en cas de scénario catastrophe ?

Et si le COVID-19 devenait une pandémie à l’échelle mondiale, y compris au Canada ?

L’économie serait alors sévèrement touchée. Il y a 15 ans, les économistes de BMO Groupe financier avaient estimé les conséquences d’une pandémie sur l’économie canadienne. Leur conclusion : une forte récession où l’économie se contracterait de 2 % à 6 %.

S’il devenait plus important au Canada, le COVID-19 pourrait alors toucher à la fois l’économie industrielle et le secteur des services. Particulièrement si le gouvernement doit interdire les rassemblements publics dans les villes, comme c’est le cas en Italie et en France.

« On doit composer avec deux choses. Premièrement, le choc à la chaîne d’approvisionnent mondial, ce qui force certaines entreprises à réduire les heures [des employés] en attendant que la production chinoise se remette en branle, dit Stéfane Marion, économiste et stratège en chef de la Banque Nationale. Ensuite, s’il devait y avoir un virus qui se propage plus rapidement et qu’on adopte le modèle européen des quarantaines [dans les villes], le secteur des services serait aussi menacé. Environ 50 % du PIB canadien est généré par trois villes : Toronto, Montréal, Vancouver. Ces trois villes ont créé les deux tiers des emplois depuis quatre ans. »