C’est de loin l’entreprise la plus rentable du monde. La Saudi Aramco, l’entreprise pétrolière de l’Arabie saoudite, produit 10 % de tout le pétrole mondial. Le pays peut compter sur des réserves d’or noir pour encore plusieurs décennies et son coût de production serait d’à peine 2,80 $ US le baril, bien que l’information soit difficile à vérifier.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Bon an, mal an, l’entreprise propriété du régime saoudien rapporte des profits nets de plus de 100 milliards US. C’est cinq fois plus que ceux d’Exxon Mobil.

On peut donc se demander pourquoi les dirigeants saoudiens ont décidé de vendre un morceau de cette poule aux œufs d’or. La réponse courte : parce qu’ils ont besoin d’argent.

Les dollars pétroliers ont beau entrer à flots continus dans ce pays de 35 millions d’habitants, ses dépenses sont supérieures aux revenus. La croissance économique est anémique et le taux de chômage grimpe, au point que le Fonds monétaire international (FMI) a souligné les « vulnérabilités » du pays dans un rapport récent. Les agences de crédit comme Standard&Poors et Fitch ont aussi levé des drapeaux rouges.

La demande mondiale de pétrole est encore forte, mais le rythme de cette croissance ralentit. La fin de l’âge d’or du pétrole, difficile à envisager il n’y a pas si longtemps, est peut-être plus proche qu’on ne le pense.

Le nouvel homme fort du régime, le prince Mohammed ben Salmane, a donc entrepris de diversifier l’économie saoudienne complètement dépendante du pétrole. Il a un plan, Vision 2030, dont l’objectif est de développer les technologies, le tourisme et les infrastructures du pays. Ça coûtera cher, des centaines de milliards de dollars seront nécessaires pour le réaliser.

Cible manquée

La décision de vendre une partie du trésor familial s’explique principalement par cet objectif de diversification de l’économie. Mais ça ne s’est pas passé comme prévu. L’intention initiale était de vendre 5 % de Saudi Aramco sur les marchés boursiers internationaux, à un prix qui aurait valorisé l’entreprise à 2000 milliards US. Mais à New York et à Londres, les investisseurs n’ont pas manifesté l’appétit attendu.

Les autorités saoudiennes ont réagi en tournant le dos aux principales places financières internationales pour limiter l’émission d’actions à leur royaume et en vendant une part de seulement 1,5 % de Saudi Aramco, plutôt que les 5 % prévus initialement.

L’assassinat du journaliste Jamal Khashoggi en 2018 et les attentats qui ont paralysé les installations de la Saudi Aramco juste avant son introduction en Bourse ont sûrement refroidi les investisseurs, qui n’étaient pas prêts à payer le prix demandé par les Saoudiens, compte tenu des risques associés à une entreprise qui restera sous leur contrôle.

Les énergies fossiles ont aussi, de toute évidence, moins la cote auprès des investisseurs. C’est peut-être de mauvais augure pour la diversification de l’économie saoudienne, mais une bonne nouvelle pour la planète.