(Londres) La Banque d’Angleterre a décidé sans surprise de maintenir son taux d’intérêt directeur à quelques semaines du Brexit, tandis que l’incertitude autour du processus de sortie de l’Union européenne continue d’inquiéter.

Kevin TRUBLET
Agence France-Presse

Une majorité de responsables a voté pour un maintien du taux à 0,75 %, mais deux membres sur les neuf qui composent le Comité de politique monétaire (MPC) se sont prononcés en faveur d’une baisse, comme lors de la précédente réunion en novembre.

Entre une inflation stable à 1,5 %, inférieure à sa cible de 2 %, et une croissance mondiale qui « a montré des signes de stabilisation », le Comité de politique monétaire a estimé lors d’une réunion mercredi que sa politique monétaire était adéquate, d’après un compte-rendu publié jeudi.

L’institut monétaire a toutefois répété jeudi, comme lors de sa réunion de novembre, qu’il se tient prêt à baisser son taux pour soutenir l’activité si les incertitudes du Brexit et le ralentissement économique mondial continuent à peser sur la conjoncture.  

Si « la désescalade partielle » dans le bras de fer commercial que se livrent les États-Unis et la Chine est vue positivement, « les tensions commerciales restent élevées », ont souligné les responsables de la BoE.

Ces derniers ont également précisé qu’il n’y avait « pas encore » de preuve que le sentiment d’incertitude sur l’économie, accentué par l’interminable processus du Brexit, avait diminué chez les entreprises et les ménages.  

« Dans l’ensemble, le message clé est que le MPC n’est toujours pas convaincu de la nécessité d’une baisse imminente des taux (ou de hausses) », a expliqué Ruth Gregory, analyste pour Capital Economics, qui souligne cependant que la banque a abaissé ses prévisions pour le quatrième trimestre 2019.

L’institution a en effet jugé que la croissance pour les trois derniers mois de l’année devrait s’élever à 0,1 % par rapport au troisième trimestre, alors qu’elle encore tablait sur 0,2 % en novembre.

Une révision qui reflète principalement « la faiblesse du secteur de la construction en novembre », a précisé la BoE, qui s’attend toutefois à une reprise.

Nouvelles négociations

Depuis la précédente réunion de novembre, la victoire de Boris Johnson aux élections législatives de la semaine dernière a rendu presque certaine l’adoption par le Parlement britannique de son accord de sortie de l’UE négocié avec Bruxelles.

Mais alors qu’une nouvelle période de négociations doit s’ouvrir pour décider du futur de la relation commerciale entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, M. Johnson a accentué la pression en indiquant vouloir boucler les discussions en moins d’un an.

Ce refus affiché de prolonger si besoin la période de transition a fait ressurgir ces derniers jours les craintes d’une sortie de l’UE brutale et nuisible à l’économie, pesant lourdement sur la livre qui abandonnait tous ses gains post-victoire de Boris Johnson aux élections.

« La trajectoire de la politique monétaire reste exceptionnellement opaque », a jugé Samuel Tombs, économiste chez Pantheon Macroeconomics, rappelant que le nom du prochain gouverneur qui doit succéder à Mark Carney fin janvier n’est toujours pas connu.

M. Tombs relève aussi des craintes que le premier ministre fasse passer sa détermination à en finir avec le Brexit à tout prix d’ici fin janvier, selon le calendrier qu’il a annoncé, quel qu’en soit le coût pour l’économie britannique.

Pour l’économiste, une future hausse du taux d’intérêt directeur, actuellement très bas, est cependant plus probable qu’une baisse, dans la perspective d’une embellie de la conjoncture.

A l’annonce de la décision, la livre a baissé face au dollar avant de rebondir puis de finalement se stabiliser à son niveau de la veille au soir.