Dix années de bas taux d’intérêt ont permis à l’économie mondiale de retrouver la santé et d’alimenter le plus long cycle de croissance économique de l’ère moderne. Cette décennie a aussi produit des dettes, une montagne de dettes.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La dette mondiale atteint un record de tous les temps, si on additionne l’endettement des ménages, des entreprises et des gouvernements. La dette totale devrait dépasser 255 000 milliards en 2019, selon les estimations de l’Institute of International Finance, un organisme établi à Washington, qui représente les principales institutions financières du monde.

Ce sont des chiffres qui dépassent l’entendement : c’est 255 suivi de 12 zéros. C’est tellement énorme que ça ne dit pas grand-chose.

Pour mieux comprendre, il faut comparer à la taille de l’économie mondiale. La dette totale est trois fois plus élevée que la taille de l’économie mondiale, c’est-à-dire plus de 300 % du produit intérieur brut mondial. Ou encore 32 500 $ US pour chacune des 7,7 milliards de personnes sur la planète.

Par ordre d’importance, cette dette se partage entre les entreprises, les gouvernements et les ménages.

Du côté des gouvernements, les États-Unis sont les plus endettés, mais leur dette totale comparée à la taille de l’économie américaine n’est pas considérée comme préoccupante. Il en va autrement pour les pays plus petits, comme le Portugal, l’Italie ou la Belgique, où l’endettement est supérieur à la taille de l’économie et qui sont plus vulnérables à une augmentation des taux d’intérêt.

Les champions de la dette

Dette totale en proportion du PIB
Japon : 237,1 %
Grèce : 181,6 %
Liban : 148,7 %
Italie : 132,6 %
Portugal : 130,3 %

Au Canada, le gouvernement nouvellement élu a l’intention de continuer de dépenser à crédit, mais la plupart des économistes s’entendent pour dire que le niveau actuel de la dette n’est pas un problème, compte tenu de la taille de l’économie. D’autres s’en inquiètent, parce qu’une récession pourrait creuser un trou encore plus grand dans les finances publiques et limiter les capacités du gouvernement fédéral d’investir dans l’économie pour en atténuer les effets.

Détérioration du crédit

Du côté des entreprises, qui continuent de profiter allègrement du crédit pas cher, des signes inquiétants sont apparus. Les entreprises les plus à risque sont celles qui ont le plus augmenté leur dette au cours des dernières années, selon un rapport de la Réserve fédérale américaine.

L’endettement d’entreprise coté BBB-, c’est-à-dire de qualité tout juste acceptable pour les investisseurs institutionnels, est à son plus haut niveau de tous les temps, selon la Fed. Il représente plus de 50 % du marché de la dette, comparativement à 17 % en 2001. Cet endettement d’entreprise est le plus vulnérable à un retournement de conjoncture.

Cet endettement généralisé fait mieux comprendre l’hésitation des banques centrales à augmenter les taux directeurs. Ça prendrait peu de choses pour que ce fragile édifice s’écroule.

Mais maintenir les taux d’intérêt bas a aussi des conséquences. Ça encourage l’augmentation de l’endettement. C’est risqué d’augmenter les taux et c’est risqué aussi de les laisser au bas niveau actuel. S’il y a quelque chose qui tient les gouverneurs des banques centrales éveillés la nuit, c’est ça.