(Washington) Le déficit commercial des États-Unis est tombé en octobre à son plus bas niveau depuis mai 2018, en raison de la persistance des frictions commerciales avec la Chine et du ralentissement de l’économie mondiale.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

Le solde des échanges des biens et services s’est établi à -47,2 milliards de dollars, soit un recul de 7,6 %, selon les données du département du Commerce publiées jeudi.

Signe que l’activité diminue, les exportations ont baissé (-0,2 % à 207,1 milliards). Les importations également, et ce, dans une plus grande mesure (-1,7 % à 254,3 milliards de dollars).

Les importations sont d’ailleurs tombées à leur plus bas niveau depuis août dernier, a indiqué l’administration américaine.

Les Américains ont été moins friands de voitures et de biens de consommation tels que les jouets ou les téléphones portables.

À l’exportation, l’un des principaux secteurs, l’industrie aéronautique civile, souffre toujours de la crise que traverse Boeing. Toute la flotte des 737 MAX de l’avionneur américain est en effet clouée au sol depuis mi-mars après deux accidents meurtriers.

Le principal problème reste les tensions sino-américaines.

Malgré la reprise de négociations, Washington et Pékin ne sont toujours pas parvenus à signer un accord commercial.

Certes le porte-parole du ministère chinois du Commerce, Gao Feng, a déclaré jeudi que « les équipes de négociation restent en contact étroit ».

Nouveaux tarifs douaniers le 15 décembre ?

Mais pour l’heure, des centaines de milliards de dollars de biens chinois et américains sont toujours frappés de droits de douane supplémentaires.

Résultat, le déficit des seules marchandises en provenance de Chine a encore diminué en octobre (-0,8 %). Depuis le début de l’année, le recul est encore plus marqué : -14,7 %.

Les échanges entre les deux premières puissances du monde pourraient souffrir encore un peu plus dans les prochaines semaines avec de nouvelles sanctions américaines à l’horizon.

L’administration Trump menace toujours d’imposer le 15 décembre des tarifs douaniers additionnels de 15 % sur les quelque 160 milliards de dollars de biens chinois qui ont été, jusqu’à présent, épargnés. Parmi les biens visés figurent les téléphones portables ou encore les vêtements de sport.

Si ces surtaxes étaient effectives, ce serait toutes les importations de Chine qui seraient ainsi frappées de droits de douane additionnels.

Donald Trump est resté évasif jeudi sur l’exécution de la menace. « Nous verrons », a-t-il déclaré à des journalistes.

« Nous avons des discussions très importantes. Le 15 décembre, quelque chose pourrait se produire, mais nous n’en discutons pas encore. Nous avons de très bonnes discussions avec la Chine », a-t-il ajouté.

Au total, pour les 10 premiers mois de l’année, le déficit commercial américain s’est creusé de seulement 1,3 % après des années de hausses plus marquées.

La réduction du déficit commercial est une priorité du président Donald Trump. L’hôte de la Maison-Blanche estime que celui-ci est le résultat de traités commerciaux pénalisant les États-Unis.

Pour cette raison, il avait imposé la renégociation de l’accord de libre-échange avec le Mexique et le Canada. Mais la nouvelle mouture est toujours en attente de ratification.

En octobre, avec le Mexique, autre grand partenaire, le déficit des biens a diminué de 14,3 % comparé à septembre, mais il bondit de 28,5 % sur un an.

Quoique recherchée par le président américain, la réduction du déficit commercial est habituellement le signal d’un ralentissement.

En octobre dernier, le Fonds monétaire international (FMI) avait d’ailleurs revu en baisse ses prévisions de croissance mondiale à 3 %, soit la plus faible expansion depuis la crise financière de 2009.

L’institution avait alors montré du doigt la guerre commerciale et exhorté États-Unis et Chine à régler leur différend.

Alors que la reprise économique dans le monde avait été portée par le commerce international après la crise de 2008, le volume des biens et services échangés ne va augmenter que de 1,1 %.

À court terme pourtant, la réduction du déficit pourrait donner un coup de pouce à la croissance américaine au dernier trimestre, estiment certains économistes.

« Le commerce pourrait contribuer positivement à la croissance du dernier trimestre, dans la mesure où l’amélioration enregistrée en octobre est en majorité due à une baisse des importations », a commenté Rubeela Farooqi, chef économiste chez HFE.

De son côté, Ian Shepherdson de Pantheon Macro note que les chiffres relatifs aux services, l’un des secteurs phares de l’économie américaine, ont été « un peu meilleurs » que prévu en octobre.

Pour autant, il s’attend à un rebond du déficit commercial dans les prochains moins, estimant que les droits de douane n’auront qu’un effet temporaire sur les importations.