Les deux promoteurs qui se partagent le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants au centre-ville de la métropole croisent le fer devant les tribunaux.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

Le premier, Devimco, a déposé une injonction provisoire pour obliger le second, Philip Kerub, président de la firme High-Rise Montréal (HRM), à sécuriser un mur de soutènement qui pose un risque d’effondrement d’une partie du boulevard René-Lévesque Ouest, soutient le demandeur. L’audition est prévue vendredi.

« Le mur de soutènement atteindra la fin de sa vie utile dès mars 2020 et il présente d’importants signes d’affaiblissement et de dégradation pouvant mener à la rupture précoce du mur si des mesures conservatrices ne sont pas prises, lit-on dans la requête. [Ce] mur retient les terres d’un segment du boulevard René-Lévesque Ouest et sa rupture pourrait causer l’effondrement d’une partie dudit boulevard », avance Devimco.

« Les conséquences de la rupture du mur berlinois seraient extrêmement graves : il s’agit d’une question de sécurité publique », ajoute le promoteur, qui a fait commander un rapport de la firme Fondasol.

Devimco demande au tribunal d’ordonner le remblaiement du trou sur 17 mètres de largeur.

La défenderesse HRM s’inscrit en faux contre ces prétentions.

Le mur berlinois, allégué comme potentiellement dangereux, ne l’est pas. Il est connu qu’un mur berlinois a une durée de vie de 12 à 18 mois. Celui-ci ne fut achevé qu’en juin 2019 [il y a moins de 6 mois] et est très loin de sa fin de vie utile.

Sarto Blouin, du projet HRM Projet Children

« HRM Projet Children a déjà, de façon préventive, demandé des expertises pour préserver la sécurité du mur avant l’hiver et assurer sa pérennité jusqu’au printemps et, en aucun cas, notre société n’a mis en péril la sécurité du public et encore moins celle des travailleurs, car il n’y en a pas dans ce secteur interdit du chantier. »

Selon M. Blouin, la démarche de Devimco n’est rien d’autre qu’une façon de tenter d’obliger HRM à remplir la partie excavée de son lot, afin de lui permettre d’accéder à l’arrière du futur centre Peter-McGill pour mars 2020.

Joint au téléphone, Devimco n’a pas voulu commenter la cause.

Des condos

Sur le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, angle Atwater et René-Lévesque, Kerub construit les condos de luxe du 1111, Atwater et devait ériger une deuxième tour à l’est de la Maison des infirmières, tour consacrée à du logement social.

Quant à Devimco, il construit au nord-est du site quatre tours de condos, de même que le centre communautaire Peter-McGill.

Devimco a signé une entente avec la Ville de Montréal concernant l’utilisation du centre Peter-McGill d’une durée d’au moins 40 ans en échange d’une contrepartie financière de la part de la Ville. Celle-ci doit en prendre possession le 24 février prochain.

Toutefois, le promoteur doit obligatoirement rendre le centre Peter-McGill accessible par le boulevard René-Lévesque dans les 30 jours de la prise de possession. Or, le trou de HRM empêche l’accès au centre communautaire. « Si la zone excavée n’est pas remblayée », écrit Devimco dans sa requête, « [on] pourrait perdre les bénéfices de la convention d’usufruit avec la Ville d’une durée de 40 ans ».

La tour à l’est de la Maison des infirmières n’a jamais été construite, car HRM et la Ville de Montréal ne s’entendent pas sur le prix à payer pour les logements sociaux, selon des rapports de presse. La Ville a réagi en septembre en annonçant une modification au règlement municipal pour interdire la construction d’un sixième immeuble sur le site, sauf s’il s’agit de logements sociaux.