Les chasseurs d’aubaines canadiens se tournent de plus en plus vers le Vendredi fou — une journée de soldes importée des États-Unis, où les détaillants ont établi depuis déjà longtemps cette tradition consistant réduire leurs prix au lendemain du congé de la Thanksgiving. Mais cela semble se produire au détriment d’une autre journée traditionnelle de ventes : le Boxing Day.

Aleksandra Sagan
La Presse canadienne

Ce changement intervient alors que les consommateurs planifient de plus en plus de dépenser avant Noël, pour rayer les cadeaux de leur liste, observent les spécialistes de l’industrie, un changement qui offre aux détaillants un léger avantage.

« (Le Vendredi fou) répond à un besoin non satisfait », estime Michael Leblanc, conseiller principal pour le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), un groupe de défense des intérêts des détaillants. Selon lui, la journée de rabais donne aux consommateurs la possibilité d’obtenir de bons prix pour des présents, plutôt que de magasiner une fois les échanges de cadeaux terminés.

Quarante-3 % des répondants de la deuxième enquête annuelle du groupe sur le magasinage des Fêtes prévoyaient d’acheter des articles lors du Vendredi fou, contre 40 % l’année précédente. Seulement 34 % des répondants avaient l’intention de faire des achats au lendemain de Noël.

Un sondage réalisé par Deloitte Canada révèle un désenchantement similaire avec la journée de vente du 26 décembre. Seulement un répondant sur trois souhaitait faire ses achats pendant le Boxing Day, qui s’étire à certains endroits sur environ une semaine. La même proportion de répondants indique que les ventes du Vendredi fou et du Cyberlundi ont changé leurs habitudes pour le Boxing Day.

Boxing Day en perte de vitesse

Les données sur les dépenses des années précédentes suggèrent que le sentiment des consommateurs est en train de changer.

Le nombre de transactions réglées par débit lors du Vendredi fou de l’an dernier a grimpé de 6 % par rapport à 2017, selon la firme de traitement de paiements Moneris. Le plus grand volume de transactions de l’an dernier a aussi été enregistré lors du Vendredi fou.

Dans le même temps, la croissance des transactions pour le Boxing Day a ralenti en 2018. En fait, les achats ont été plus nombreux — et les montants dépensés, plus élevés — lors du vendredi et du samedi précédant Noël, a précisé la firme.

La journée de magasinage « a perdu de sa popularité auprès des consommateurs », a souligné Moneris.

Interac a enregistré des bonds de plus de 4 % dans le nombre de transactions par débit lors du Vendredi fou des trois dernières années, tandis que le montant total dépensé pour cette journée a également augmenté régulièrement. La croissance annuelle pour le Boxing Day dans ces deux catégories était plus élevée, mais le nombre total de transactions par débit Interac et le volume total des dépenses étaient environ moitié moins élevés que pour le Vendredi fou.

Les consommateurs choisissent les aubaines avant la saison des Fêtes parce qu’ils veulent acheter leurs cadeaux à un bon prix, a expliqué M. Leblanc, ce que le Boxing Day ne permet pas.

Le CCCD a constaté que 77 % du budget des Fêtes des Canadiens étaient consacrés aux cadeaux — et le reste aux achats personnels.

Un avantage pour les détaillants

Il est également utile que les ventes du Vendredi fou dépassent celles des catégories considérées comme incontournables pour les soldes du Boxing Day, telles que les appareils ménagers et les vêtements, a souligné M. Leblanc. Les compagnies aériennes, les concessionnaires automobiles, les chaînes de décoration et de rénovation, les compagnies de téléphone et autres annoncent désormais leurs offres pour le lancement officieux de la saison du magasinage des Fêtes.

Il est peu probable que les commerçants souffrent de la nouvelle donne, a estimé Marty Weintraub, partenaire et leader national des pratiques de vente au détail chez Deloitte Canada.

« Une bonne partie de cette situation consiste simplement à déplacer les ventes d’un moment à un autre », a-t-il observé, mais le fait de réaliser cette vente plus tôt dans l’année « confère un léger avantage aux détaillants ».

Les consommateurs tentent souvent de fixer un budget pour leurs dépenses de vacances, a-t-il noté, et pourraient disposer de plus de fonds avant les Fêtes — ainsi que de plus d’énergie pour faire leurs achats.

Il est également préférable que les détaillants fassent leurs ventes plus tôt, ce qui leur permet d’éviter de devoir s’engager dans des démarques massives pour tenter de se débarrasser des stocks qu’ils n’ont pas vendus pendant la saison, a-t-il souligné.

Ceux qui sont exaspérés par la pression d’offrir plus de rabais au vendredi fou peuvent participer à l’événement autrement qu’avec les ventes, a ajouté M. Leblanc.

« Tous les détaillants ne doivent pas nécessairement suivre la voie du gros rabais », a-t-il fait valoir.

Les magasins peuvent profiter du Vendredi fou pour lancer des produits spéciaux, par exemple, alors qu’ils sont susceptibles de voir augmenter l’achalandage en magasin et en ligne.

Et, semble-t-il, les détaillants seraient bien avisés de participer à l’effort de marketing sous une forme ou une autre.

M. Weintraub s’attend à ce que le Vendredi fou continue à connaître une croissance au détriment du Boxing Day pendant un certain temps.

« Je ne pense pas que nous ayons encore atteint le sommet. »