(Montréal) Le CN et le syndicat affilié aux Teamsters représentant environ 3200 machinistes n’auront finalement pas eu besoin de loi spéciale pour s’entendre et mettre fin à la grève qui durait depuis une semaine et menaçait plusieurs pans de l’économie canadienne.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Tôt mardi, les deux parties ont annoncé avoir conclu une entente de principe qui devra être soumise au vote des syndiqués avant d’être entérinée. Le processus pourrait prendre jusqu’à huit semaines, a indiqué le CN, mais les moyens de pression ont immédiatement été suspendus.

Les détails de l’entente ne sont pas connus et ne seront pas dévoilés avant d’avoir été présentés aux syndiqués, a affirmé le syndicat.

Les « trains de destination » qui étaient déjà assemblés et reposaient dans les cours de triage du CN ou sur l’une ou l’autre de ses voies ont commencé à circuler dès 14 h, heure locale partout au pays. Le travail de manœuvre des trains et d’assemblage dans les gares de triage devait, quant à lui, reprendre dès 6 h, heure locale, mercredi matin.

« Nous voulons remercier nos clients pour leur patience et leur soutien, et les assurer que nous nous préparons à reprendre toutes nos activités ferroviaires dès que possible », a indiqué dans un communiqué le président et chef de la direction du CN, Jean-Jacques Ruest.

Les ministres fédéraux des Transports et du Travail, Marc Garneau et Filomena Tassi, se sont réjouis de ce dénouement, et de la façon dont il était survenu. Si le gouvernement fédéral avait choisi d’imposer une loi spéciale, a rappelé M. Garneau, « nous n’aurions pas de solution aujourd’hui », en raison des différents délais de promulgation de cette loi.

Là, non seulement nous avons une solution, les deux parties se sont assises ensemble pour la trouver.

Marc Garneau

« Les Teamsters voudraient remercier le premier ministre Justin Trudeau d’avoir respecté les droits des travailleurs », a écrit le syndicat dans le communiqué annonçant la conclusion de l’entente.

« Les gouvernements précédents violaient de façon routinière les droits des travailleurs de l’industrie du rail, poursuit-il. Ce gouvernement est resté concentré à aider les parties à trouver une entente, et ça a fonctionné. »

Retour progressif

Un porte-parole du CN joint hier se disait incapable de savoir quand l’entreprise pourrait reprendre son rythme normal. Le ministre Garneau n’a pas jugé nécessaire, a-t-il expliqué, d’imposer à l’entreprise de prioriser certains chargements plutôt que d’autres.

« Les compagnies de chemin de fer sont très au courant des besoins les plus pressants, il n’est pas nécessaire de leur dresser une liste. »

Le retour à la normale ne sera néanmoins pas instantané, a-t-il prévenu, puisqu’il implique une « chorégraphie complexe ».

Agriculteurs heureux

Le président des Céréaliers du Québec, Clément Leblanc, avait le rire facile, lorsque joint au téléphone mardi après-midi.

« Je suis très, très content, c’est une énorme pression qui s’enlève », se réjouissait-il de son champ où il avait repris les récoltes.

« C’est un peu de lumière au bout du tunnel, mais il y a encore la moitié de la récolte dans les champs », modérait le directeur général des Producteurs de grains du Québec, Benoit Legault.

On ne sait pas ce que la météo nous réserve. S’il y a une tempête dimanche, ça n’ira pas très bien.

Benoit Legault

Il faudra « de trois à quatre jours » pour que l’approvisionnement en propane reprenne de façon parfaitement normale au Québec, a indiqué hier le ministre québécois de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

M. Leblanc, lui, avait déjà reçu la visite d’un camion de son fournisseur, alors que certains de ses voisins attendaient encore leur tour.

« Ça varie d’un fournisseur à l’autre, voire d’un client à l’autre », constatait-il.

« Après avoir vu le précipice de près, l’industrie du propane du Québec est soulagée », déclarait hier le directeur général de l’Association québécoise du propane, Raymond Gouron. « Chaque jour de grève au CN impliquait un délai de rétablissement de trois ou quatre jours pour notre industrie. Une complexe opération de réapprovisionnement va donc se déclencher dès [mercredi] matin. »

Interrogés en point de presse à savoir si les services de chemin de fer devraient être considérés comme essentiels, et donc si le droit de grève devait y être restreint, les ministres Garneau et Tassi ont évité la question, se contentant de déclarer que la grève avait rappelé aux Canadiens l’importance des chemins de fer et de leurs employés dans l’économie.

Il restera à voir quel impact aura eu la grève sur les résultats financiers du CN. L’entreprise avait déjà annoncé, avant l’événement, que son quatrième trimestre serait difficile, en raison notamment d’un ralentissement de l’activité économique dans la presque totalité de ses créneaux.