Les signaux ont beau être au beau fixe, la construction de copropriétés à Laval reste décevante en 2019. 

André Dubuc André Dubuc
La Presse

« Il y a des tours en construction à Laval, mais si vous prêtez attention, ce sont presque toutes des tours locatives », insiste John Garabedian, président de Développement Garabedian et promoteur de l’Aquablu, un projet de condos haut de gamme à Sainte-Dorothée, à Laval, dont il est sur le point de livrer la deuxième phase.

Depuis le début de 2019, le locatif monopolise 74 % des mises en chantier dans l’île Jésus, confirme Francis Cortellino, économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement (SCHL). Ce sont 1065 appartements locatifs qui sont sortis de terre depuis le 1er janvier dernier. Le condo accapare seulement 15 % du marché, soit 237 copropriétés sur 1584 mises en chantier au total.

La popularité des appartements locatifs, ordinaires ou destinés aux personnes âgées, est une réalité dans la région montréalaise, où ils occupent 55 % du marché. Le phénomène est toutefois plus prononcé dans la ville du maire Marc Demers.

Pour M. Cortellino, le balancier reviendra inévitablement vers les condos, c’est une question de temps.

Le condo a connu un surplus d’inventaire d’unités invendues en 2014. Les promoteurs se sont ajustés en construisant du locatif à la place.

Francis Cortellino, économiste à la Société canadienne d’hypothèques et de logement

Dans la revente, le marché du condo a basculé dans le camp des vendeurs il y a un an, selon les données de la chambre immobilière. D’ailleurs, la hausse des prix sur le marché de la revente a commencé à s’accélérer, avec une hausse moyenne du prix médian des copropriétés de 4 % en 2019, souligne M. Cortellino.

À quand un retour du condo ?

Il y a peu de produits à vendre. Les emplois se multiplient. La population lavalloise est en croissance. Les enjeux d’abordabilité avantagent le condo par rapport à la maison. Bref, il n’y a pas de raison que le condo ne revienne pas à la mode.

Néanmoins, la SCHL anticipait une hausse des mises en chantier de copropriétés dès cette année dans la région montréalaise comme à Laval. Pour la période de janvier à octobre, le nombre de nouveaux condos a plutôt baissé, passant de 398 en 2018 à 237 en 2019.

« Je ne suis pas sûr que la réputation du condo soit rendue si mauvaise », croit Paul Cardinal, directeur du service économique à l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec, quand on évoque la mauvaise presse concernant l’entretien déficient de certaines copropriétés. Pour lui, le condo subit la popularité ponctuelle de la location. « Parmi les boomers vieillissants, il y en a qui préfèrent la location », dit-il.

L’organisme fédéral en matière d’habitation prévoit à nouveau que les mises en chantier de copropriétés remonteront en 2020. « À cause des coûts de construction qui augmentent, du coût des terrains, ça pourrait arriver rapidement que le locatif devienne moins rentable et que les promoteurs retournent faire du condo, comme avant », fait remarquer Francis Cortellino.

Le luxe des appartements de grande taille

Pour M. Garabedian, le défi est de susciter l’intérêt des acheteurs pour son projet de luxe à Laval. « Les acheteurs n’en ont que pour le centre-ville », déplore-t-il.

Selon lui, les acheteurs qui veulent du vrai luxe gagneraient à considérer son projet.

Tous les projets se décrivent comme étant luxueux, mais notre projet n’a pas d’équivalent à l’extérieur du centre-ville.

John Garabedian, président de Développement Garabedian et promoteur de l’Aquablu, un projet de condos haut de gamme à Sainte-Dorothée

« Nos armoires de cuisine sont du Poggenpohl, nos électros, du Gaggenau, nos portes, du Bertolotto, les salles de bains sont équipées avec du Kohler, donne en exemple le promoteur. Nos acheteurs achètent pour venir vivre ici. Ils ont vendu leur maison à Lorraine ou à Blainville. Ils sont prêts à réduire leur superficie habitable pour monter en gamme. »

Le luxe se traduit par la gamme étendue des services offerts aux occupants (marina privée, piscines intérieure et extérieure, local de Pilates et de yoga, mur d’eau dans le hall d’entrée de l’immeuble).

Aquablu se démarque de la concurrence, à ses yeux, en raison de son emplacement, directement sur la rivière des Prairies, dans le quartier Sainte-Dorothée, le « Westmount de Laval », dixit M. Garabedian. « Environ 80 % des ventes de propriétés de 1 million et plus à Laval se concentrent à Sainte-Dorothée », avance-t-il.

La forme triangulaire de la tour offre des vues sur la rivière pour tous les logements.

Avec ses 111 logements et un maximum de sept logements par étage, Aquablu 2 se distingue par la superficie généreuse de ses condos : 1700 pi2 en moyenne. À un prix moyen de 500 $ le pied carré avant taxes et stationnement, le condo moyen revient à 850 000 $. « Au centre-ville, les projets de luxe comparables se vendent à plus de 1000 $ le pied carré. Pour le même prix, on a la superficie en prime », explique M. Garabedian.

Il lui reste une quarantaine de condos à vendre dans son projet de 100 millions. La vélocité des ventes va de deux à trois logements par mois. Il espère que le rythme passera à quatre avec la livraison des premiers condos à compter de janvier prochain. Claridge, holding familial de Stephen Bronfman, est son partenaire financier dans la phase 2. Une troisième phase est prévue ultérieurement.