Alors que la croissance de l’économie mondiale s’annonce la plus faible depuis 10 ans, le Canada et le Québec font face à un risque accru de récession, ont constaté hier les spécialistes interrogés sur ce que réserve 2020 par le Conseil des relations internationales de Montréal.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Le scénario le plus probable est que la croissance continue, mais c’est sûr que s’il y avait une escalade des tensions entre les États-Unis et la Chine, ça poserait un problème à l’économie américaine et à l’économie canadienne », a expliqué Martin Coiteux, économiste en chef de la Caisse de dépôt.

François Dupuis, économiste en chef du Mouvement Desjardins, estime « très hypothétique » que les États-Unis et la Chine règlent leur différend commercial. Un accord partiel est possible, selon lui, mais l’incertitude qui plombe l’économie mondiale ne diminuera pas.

L’Organisation de coopération et de développement économiques a encore une fois réduit hier ses prévisions de croissance pour l’économie mondiale. À 2,9 %, la croissance attendue se rapproche de plus en plus du seuil moyen de 2,5 %, considéré comme étant celui où l’économie mondiale est en récession.

Déjà, 40 banques centrales partout dans le monde ont réduit leurs taux d’intérêt pour faire face au ralentissement. François Dupuis pense qu’il sera extrêmement difficile pour la Banque du Canada de ne pas suivre le mouvement. Il prévoit au moins une baisse du taux directeur canadien en 2020.

Endettement et changements climatiques

Tous les participants à la discussion d’hier ont souligné que les banques centrales étaient à court de moyens pour faire face à une récession.

La Réserve fédérale a encore un peu de marge de manœuvre, la Banque du Canada aussi, mais en Europe, les banques centrales n’ont plus aucune munition.

Martin Coiteux, économiste en chef de la Caisse de dépôt

Le bas niveau des taux d’intérêt continue de favoriser l’endettement des ménages, des entreprises et des gouvernements. Ce niveau sans précédent d’endettement rend les économies très vulnérables à un choc, qu’il soit de nature commerciale, politique ou climatique.

Les changements climatiques sont maintenant considérés sérieusement par les prévisionnistes, de la Banque du Canada aux firmes spécialisées en investissement comme Fiera Capital.

François Bourdon, chef des placements global chez Fiera Capital, estime que des firmes comme la sienne ont un rôle à jouer pour combattre les changements climatiques, en dirigeant les capitaux vers les entreprises les plus responsables. « Si le coût de financement d’un projet solaire est plus bas que celui d’un projet de charbon, il y aura plus de projets solaires », a-t-il illustré.

Selon lui, les risques climatiques sont une incertitude de plus à considérer. Les risques politiques sont aussi revenus au premier plan avec la montée des nationalismes.

« Comme investisseurs, notre job est de naviguer dans l’incertitude. C’est ce qu’on fait depuis le début des temps. Mais la nature de notre job a changé. De 1995 à 2015, je m’intéressais à la politique, mais ça n’avait que peu d’importance sur mon travail. Depuis 2015, ça en a plus », a-t-il expliqué.