(Londres) L’économie britannique a échappé à la récession au troisième trimestre après s’être contractée au deuxième trimestre, a indiqué le Bureau national des statistiques (ONS), mais le rythme de croissance annualisé est le plus faible « en une décennie ».

Agence France-Presse

Le produit intérieur brut (PIB) a progressé de 0,3 % au troisième trimestre après un recul de 0,2 % au deuxième trimestre. Deux trimestres consécutifs de recul du PIB sont assimilés à une récession technique.

L’ONS précise toutefois qu’en septembre, le dernier mois du trimestre, le PIB est en recul de 0,1 % sur un an.

Le secteur des services, qui représente 80 % environ de l’économie britannique, a mené la progression de l’activité, avec la construction.  

À l’inverse, l’industrie manufacturière a stagné, entre une contraction dans plusieurs secteurs et un rebond dans la production automobile.

Par ailleurs, le « déficit commercial sous-jacent s’est réduit, principalement grâce à une hausse des exportations tant des biens que des services », poursuit l’ONS.

L’organisme de statistiques précise que sur un an, le PIB britannique a progressé de 1,0 %, « soit le plus faible taux de croissance depuis le premier trimestre 2010 ».  

« Avec l’élection (législative anticipée) dans cinq semaines seulement, ce n’est clairement pas la bonne nouvelle que le gouvernement espérait peut-être », d’autant que l’activité devrait rester faible au quatrième trimestre, remarque la maison de recherche Capital Economics.

« Si l’économie a évité la récession au troisième trimestre, il est clair qu’elle est anémique. Les chiffres du PIB montrent que l’économie n’a pas regagné beaucoup de traction après la contraction du deuxième trimestre », ajoute-t-elle.

Elle relève que la hausse de 0,3 % du PIB est inférieure aux attentes des analystes et aux prévisions de la Banque d’Angleterre (0,4 %), à cause d’une révision à la baisse de l’activité en août.

Après un bon mois de juillet, l’activité a piétiné avec notamment une stagnation des investissements dans les semaines avant l’ex-date supposée du Brexit, qui était prévu pour le 31 octobre avant d’être repoussé à fin janvier.

Contrairement au premier trimestre - le Brexit devait initialement avoir lieu fin mars - les entreprises n’ont pas recommencé à stocker massivement pièces détachées et matériaux de production, font aussi valoir les analystes de Pantheon Macro.

« La progression du PIB est attendue à 1,3 % pour l’ensemble de 2019, la plus faible performance depuis 2009 » et devrait « encore ralentir à un plus bas en 11 ans, à 1,0 %, en 2020, en supposant que le Royaume-Uni quitte l’UE avec un accord », conclut le cabinet EY.

Les analystes étaient toutefois partagés sur l’impact de ces chiffres sur les futures décisions de la Banque d’Angleterre sur les taux, ceux de Capital Economics estimant que la morosité de l’économie devrait inciter l’institut monétaire à les baisser rapidement.

« C’est une performance tout à fait respectable vu le ralentissement mondial, le protectionnisme et les incertitudes liées au Brexit, mais au vu des entreprises qui baissent les coûts, les salaires et les emplois devraient se retrouver sous pression », ce qui ternit les perspectives pour 2020, analyse Ian Stwart, économiste chez Deloitte.

Le centre de recherche CEBR juge au contraire que les programmes économiques des deux principaux partis politiques, en pleine campagne pour les législatives anticipées, prévoient des dépenses massives, notamment dans les infrastructures, ce qui pourrait soutenir l’activité.