(Ottawa) Un influent législateur américain du Parti démocrate a soutenu que sa formation politique était déterminée à faire pression pour la ratification du nouvel accord de libre-échange nord-américain en rendant visite, mercredi, aux libéraux fraîchement réélus de Justin Trudeau.

Mike Blanchfield
La Presse canadienne

« Nous voulons que cela soit mis en œuvre », a déclaré le représentant démocrate Richard Neal, président du comité des voies et moyens de la Chambre des représentants des États-Unis. Le comité qu’il préside supervise les échanges commerciaux, ce qui signifie qu’il jouera un rôle clé dans la ratification du nouvel Accord entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM) au Congrès.

« Le renouvellement (de l’accord) est très important pour les États-Unis », a déclaré M. Neal, assis à côté du premier ministre Justin Trudeau dans son bureau de la colline du Parlement.

M. Neal a cité la fameuse déclaration de l’ancien président John F. Kennedy disant que la géographie a fait du Canada et des États-Unis des voisins, mais que l’histoire en a fait des amis.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui tient essentiellement entre ses mains le destin de l’accord sur la colline du Capitole, « veut en toute certitude » en arriver au « oui », a-t-il ajouté.

Seul le Mexique a ratifié l’accord, et le Canada ne progressera que si les États-Unis prennent les devants.

MM. Neal et Trudeau se sont serré la main devant les caméras et ont discuté brièvement de l’importance de la ratification de l’accord dans les trois pays.

M. Trudeau a déclaré que le gouvernement libéral avait travaillé en étroite collaboration avec les démocrates et les républicains au cours des derniers mois afin d’en arriver au « bon accord pour le Canada, les États-Unis et le Mexique ».

« C’est un plaisir de voir l’élan positif qui semble se produire pour le renouvellement de cet accord commercial très important », a-t-il déclaré.

Les démocrates du Congrès négocient actuellement avec l’administration Trump dans l’espoir de renforcer les mécanismes d’application de l’accord dans des domaines clés tels que la protection de l’emploi et de l’environnement.

Le premier ministre Trudeau était au Capitole pour une rencontre avec Mme Pelosi en juin, après une rencontre fructueuse avec le président Donald Trump dans le bureau ovale.

M. Trump a accepté que M. Trudeau rencontre ses adversaires démocrates pour faire la promotion de l’accord, car il a besoin d’une victoire en matière d’échanges commerciaux en vue de sa campagne de réélection l’année prochaine.

Rencontre avec Freeland

L’accord a été officiellement signé par les dirigeants du Canada, des États-Unis et du Mexique il y a presque un an. Les démocrates ont ensuite remporté la majorité à la Chambre des représentants, la chambre basse du Congrès, et contrôlent le moment du vote de ratification.

M. Neal a rencontré mercredi la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, et a salué son engagement pour la ratification. Il s’est rappelé un long appel téléphonique avec Mme Freeland tandis qu’elle était en train de faire du porte-à-porte lors de la dernière campagne électorale fédérale.

M. Neal a refusé de dire si les démocrates voulaient que le Canada rouvre l’accord.

La position du gouvernement canadien est claire sur ce point — Mme Freeland et d’autres ont déjà déclaré que l’entente avait été conclue et qu’il n’était pas question de revenir en arrière.

Donald Trump avait insisté sur l’importance de renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain et avait menacé de déchirer cette entente s’il n’arrivait pas à ses fins.

Au cours des discussions, le Canada et les États-Unis ont poussé le Mexique à améliorer ses normes du travail pour empêcher les entreprises des secteurs de la fabrication et de l’automobile de s’y installer afin de tirer parti d’une main-d’œuvre peu coûteuse.

Les démocrates veulent maintenant s’assurer que ces changements ont des dents.

La ministre du Travail, Patty Hajdu, a participé à une réunion entre M. Neal et la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pour faire le point sur la façon dont le Canada tente d’aider le Mexique à se conformer à une disposition clé de l’Accord Canada-États-Unis-Mexique : veiller à ce que les mesures prises pour améliorer les droits des travailleurs au Mexique soient exécutoires.

Ils ont discuté de l’engagement commun entre le Canada et les États-Unis de soutenir la mise en vigueur de réformes importantes du travail au Mexique, indique un résumé de la rencontre dévoilé par le bureau de Mme Freeland.

Mme Hajdu s’est rendue au Mexique cet été pour partager l’expertise du Canada en matière d’amélioration des normes du travail mexicaines, et M. Neal est allé au Mexique le mois dernier.

M. Neal a publié sur Twitter une photo de sa rencontre avec M. Trudeau et a écrit que son comité « s’est engagé à garantir un accord commercial fort et exécutoire qui profite à notre économie et élève les travailleurs américains ».

M. Neal était accompagné de trois membres du comité : la représentante démocrate Suzan DelBene, qui représente un district de l’État de Washington qui est limitrophe à la Colombie-Britannique, la républicaine Brendan Boyle de la Pennsylvanie et le républicain Drew Ferguson de la Géorgie.

Nancy Pelosi a exprimé son optimisme la semaine dernière sur le fait que les démocrates du Congrès et l’administration Trump étaient sur le point de résoudre leurs différends au sujet de l’accord — en dépit de la cinglante et bruyante procédure de destitution du président menée par les démocrates à la Chambre.