Après avoir entendu la semaine dernière un autre énoncé de grande prudence de la Banque centrale européenne par rapport à la faiblesse économique persistante en Europe, les marchés financiers porteront une attention particulière cette semaine aux décisions de taux d’intérêt et aux analyses de conjoncture de la part de la Réserve fédérale américaine (Fed) et de la Banque du Canada.

Martin Vallières Martin Vallières
La Presse

Ces énoncés auront lieu tous deux lieu mercredi. Mais les attentes des marchés financiers envers l’une ou l’autre de ces deux banques centrales demeurent différentes.

Aux États-Unis, on s’attend à ce que la Fed confirme une troisième baisse cette année de son taux cible maximum par 25 points de base (0,25 %), qui passerait alors de 2 % à 1,75 %.

« L’affaiblissement de certains indicateurs économiques aux États-Unis (ISM des manufacturiers, confiance des dirigeants d’entreprises, ventes au détail, etc.) a convaincu les marchés que la Fed décidera d’une nouvelle diminution de la cible des fonds fédéraux lors de sa réunion du 30 octobre », indiquent les économistes du Mouvement Desjardins dans leur billet hebdomadaire de conjoncture.

Par conséquent, « il serait étonnant que les dirigeants de la Fed, qui semblent particulièrement à l’écoute des marchés, aillent à l’encontre de ces attentes. De plus, le président Donald Trump continue de mettre de la pression pour que la politique monétaire soit plus expansionniste [baisse de taux]. »

De l’avis de Nathan Janzen et de Josh Nye, économistes à la Banque Royale, « alors que l’affaiblissement de la confiance des dirigeants d’entreprises continue de faire craindre un ralentissement, il est peu probable que la Fed surprenne les marchés financiers en ne procédant pas comme prévu à une troisième baisse de son taux cible cette année ».

La raison ? 

La Fed présente ses baisses de taux comme une assurance contre le ralentissement de la croissance mondiale et les obstacles commerciaux qui ont pesé sur le secteur industriel et les investissements des entreprises aux États-Unis.

Les économistes de la Royale, dans leur billet hebdomadaire de conjoncture

Au Canada, en contrepartie, « tout porte à croire que la Banque du Canada ne suivra pas les récentes baisses de taux décrétées par la Fed, mais optera plutôt encore une fois pour le statu quo (à 1,75 %) », signalent les économistes du Mouvement Desjardins dans leur billet hebdomadaire.

Pour quelles raisons ?

« Malgré les incertitudes mondiales associées en grande partie aux tensions commerciales, plusieurs facteurs militent en faveur d’une stabilité de la politique monétaire canadienne. Le marché du travail est très vigoureux, le marché de l’habitation a repris une tendance à la hausse et l’endettement des ménages demeure élevé. De plus, la détérioration de la confiance des entreprises semble depuis peu laisser place à une certaine stabilisation. »

INFOGRAPHIE LA PRESSE

À la Banque Royale, les économistes Nathan Janzen et Josh Nye s’attendent aussi à ce que « la Banque du Canada maintienne son taux directeur inchangé (à 1,75 %), alors que l’économie canadienne continue de bien résister aux obstacles mondiaux et nationaux, fonctionnant presque à pleine capacité, avec une inflation proche de 2 % ».

« Les gains d’emplois restent beaucoup plus impressionnants (+ 456 000 en 12 mois) et le faible taux de chômage permet enfin une croissance plus rapide des salaires. Le marché de l’immobilier résidentiel continue de s’améliorer et la baisse des taux d’intérêt soulage les ménages endettés, même si la croissance des ventes au détail reste modeste », soulignent les économistes de la Royale.

Aussi, « alors que le secteur de l’énergie (dans l’Ouest) continue de se débattre, le ralentissement du secteur industriel au Canada s’avère moindre que celui déjà observé dans le monde. Le secteur des services – qui pèse 70 % de l’économie – se porte bien et la confiance des dirigeants d’entreprises n’a pas diminué autant au Canada qu’à l’étranger ».