(Bruxelles) Les États-Unis ont imposé vendredi des sanctions douanières contre les produits européens, provoquant le courroux de Bruxelles qui promet de riposter à la première occasion, avec en perspective un durcissement des relations commerciales transatlantiques.

Alex PIGMAN
Agence France-Presse

Cette hausse des droits de douane américains contre des produits européens pour une valeur de 7,5 milliards de dollars est entrée en vigueur à 0 h 01 heure de Washington (4 h 01 GMT). Elle est intervenue quatre jours après le feu vert définitif de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) à Washington d’imposer des sanctions contre l’UE en représailles aux subventions accordées à l’avionneur européen Airbus.

« Regrettant » cette décision, la Commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a estimé vendredi que l’UE n’a « pas d’autre choix » que des représailles.

L’UE devrait en effet à son tour être autorisée l’an prochain par l’OMC à imposer des sanctions douanières contre les États-Unis, accusés d’avoir subventionné Boeing.

Une fois de plus, Mme Malmström a regretté cette escalade. « L’imposition réciproque de sanctions douanières ne sert les intérêts à long terme de personne », a-t-elle déclaré dans un communiqué.

« Elle provoquera des dommages très importants dans la production aéronautique aux États-Unis et dans l’UE et entrainera des dégâts collatéraux dans de nombreux autres secteurs déjà touchés par les tensions commerciales actuelles », a-t-elle ajouté.

Cette nouvelle offensive du président américain, Donald Trump, survient alors que Washington s’enlise dans une guerre commerciale d’ampleur avec la Chine, qui risque de déstabiliser l’économie mondiale.

Mercredi, l’impétueux dirigeant s’en est encore une fois pris aux Européens, qui se comportent, selon lui, de façon injuste en érigeant des « barrières énormes » contre les importations américaines dans l’UE.

Il n’avait toutefois pas fermé la porte à un accord entre les deux parties qui permettrait de mettre un terme au conflit.

Vin et avions

Dans la ligne de mire des Américains : les avions du constructeur Airbus, fabriqués essentiellement dans les usines du Royaume-Uni, de la France, d’Espagne et d’Allemagne, qui coûteront dorénavant 10 % de plus quand ils seront importés aux États-Unis.

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Mais les vins européens sont également dans le collimateur de Trump, avec une taxe de 25 %.

A Washington, une rencontre entre le ministre français de l’Économie, Bruno Le Maire, et Robert Lighthizer, le représentant américain au Commerce (USTR) et négociateur en chef pour les États-Unis, est prévue vendredi.

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Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire

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Le représentant américain au Commerce, Robert Lighthizer

Avant de s’y rendre, M. Le Maire a dénoncé un « geste agressif » de la part « des alliés américains » et qualifié de « profondément injustes » les sanctions qui touchent le vin français.

Les Européens craignent avant tout que Donald Trump ne continue sur sa lancée et n’impose mi-novembre des droits de douane plus élevés sur les voitures européennes. Ce qui affecterait particulièrement le secteur automobile allemand, déjà à la peine, même si Volkswagen ou BMW fabriquent également leurs véhicules aux États-Unis.

M. Trump se plaint des difficultés des Américains pour vendre leurs produits, notamment les voitures, en Europe, alors que les Européens peuvent facilement vendre les leurs sur le territoire américain.

Protectionnisme

Le conflit des deux avionneurs Airbus et Boeing n’est qu’un des nombreux problèmes qui ont alimenté les tensions transatlantiques et qui ont rapidement dégénéré avec l’entrée en fonction de Donald Trump en 2017.

Adoptant une politique résolument protectionniste, le dirigeant américain a déjà imposé des droits de douane plus élevés sur l’acier et l’aluminium en provenance de l’UE et d’autres pays alliés, tout en laissant planer la menace de faire de même avec les voitures.

En juillet 2018, Donald Trump et le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avaient conclu une sorte de trêve à Washington, promettant de mener des négociations, qui n’ont jusqu’ici abouti à rien.

La bataille juridique entre Airbus et Boeing devant l’OMC remonte à 2004, quand Washington a accusé le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne et l’Espagne d’accorder des subventions illégales pour soutenir Airbus.

Un an plus tard, ce fut au tour de l’UE d’accuser Boeing d’avoir obtenu 19,1 milliards de dollars de subventions illégales entre 1989 et 2006 de la part du gouvernement américain.

S’en est suivie une bataille juridique interminable, chaque partie faisant une série d’appels et contre-appels.