(Montréal) L’industrie du camionnage, qui s’est donné comme objectif de doubler la proportion de femmes camionneuses d’ici 2021, commence cet automne à déployer ses différents outils pour y parvenir.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

L’industrie comptait 4 % de femmes en 2018 ; elle veut atteindre 10 % en 2021. Elle passerait ainsi de 1600 à 4000 conductrices de camion, a précisé au cours d’une entrevue vendredi Bernard Boulé, directeur général de Camo-Route.

Camo-Route est le Comité sectoriel de main-d’œuvre de l’industrie du transport routier. Il réunit à la fois des associations du camionnage, des camionneurs artisans et des représentants des travailleurs, notamment le syndicat des Teamsters. Et il compte parmi ses observateurs la Société de l’assurance-automobile du Québec, le ministère des Transports et le ministère de l’Éducation. Son rôle est justement de s’attarder aux questions de main-d’œuvre et de formation dans son secteur.

Son plan d’action pour doubler, voire davantage, le nombre de femmes camionneuses est en déploiement à compter de cet automne.

Entre autres, il crée un premier groupe de 20 entreprises qui auront une formation sur la gestion de la main-d’œuvre féminine dans un contexte traditionnellement masculin. Elles devront poser un diagnostic sur leur gestion des ressources humaines en matière de présence féminine dans l’entreprise, identifier les moyens de rehausser la proportion de femmes et les mettre en œuvre, a expliqué M. Boulé.

De même, une vidéo a été réalisée avec le témoignage de femmes qui sont déjà dans l’industrie ou d’étudiantes qui expliquent leur choix. Elles peuvent ainsi servir de modèle aux intéressées.

De plus, deux camions-écoles de 53 pieds sillonneront les routes du Québec avec le message « deviens conductrice de camion », a noté M. Boulé.

Aussi, les centres de formation vont se pencher sur l’accès à la formation et trouver des moyens de favoriser la diplomation des femmes dans ce domaine.

Un milieu inclusif et respectueux

« On veut travailler sur la culture du milieu. Il y a vraiment tout un ensemble de mesures qu’on veut mettre en place pour avoir un milieu de travail sécuritaire, sain, respectueux, inclusif, changer l’image de l’industrie et changer ses pratiques en matière de ressources humaines », a résumé M. Boulé.

Les conditions de travail se sont améliorées, ces dernières années, à cause de la rareté de main-d’œuvre, a-t-il souligné. Un camionneur longue distance peut gagner 67 000 $ par année et un qui fait de la livraison ou du transport local peut toucher 56 000 $, a-t-il précisé.

Et l’industrie s’efforce de se mettre au diapason de l’évolution du marché du travail, en adoptant des mesures de conciliation travail-famille comme l’aménagement de l’organisation du travail, a-t-il affirmé. Par exemple, grâce au « switch », un camionneur de longue distance Montréal-Toronto pourra laisser sa remorque à Kingston et revenir vers Montréal, et c’est un autre camionneur qui fera le reste du trajet vers Toronto.

M. Boulé souligne qu’il y a actuellement de 3500 à 4000 postes vacants dans le camionnage au Québec.