La situation budgétaire solide du Canada devrait rassurer les critiques qui voient les déficits actuels comme un grave problème. C’est du moins ce qu’ont laissé entendre des chercheurs de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS), un centre de recherche marqué à gauche, dans une nouvelle étude parue aujourd’hui.

Raphaël Pirro Raphaël Pirro
La Presse

« La dette devrait-elle inquiéter le prochain gouvernement ? Non, les partis actuellement en campagne électorale peuvent mettre de l’avant des projets ambitieux sans craindre une crise de la dette », écrivent d’emblée de jeu les coauteurs de l’étude, dans un contexte de campagne fédérale où les dépenses du gouvernement libéral sont décriées par les conservateurs.

Pour soutenir leur thèse, les chercheurs comparent, entre autres, le niveau de la dette nette du Canada avec celui des autres pays du G7. Il en ressort que le Canada a le taux net d’endettement le plus faible d’entre tous, y compris l’Allemagne, « souvent présentée en modèle », précise Alexandre Bégin, coauteur de l’étude.

De plus, la somme consacrée au remboursement de la dette (le coût de la dette) s’élève aujourd’hui à 1 % du PIB, et a été en baisse constante depuis le pic du début des années 90, lorsqu’elle atteignait un sommet de 6,2 % du PIB.

Des spécialistes consultés par La Presse plus tôt cette semaine ont indiqué, de la même façon, que les déficits encourus par le gouvernement libéral ne devraient pas donner lieu à de l’inquiétude, car le pays serait en bonne posture budgétaire et que sa dette est relativement faible.

Les chercheurs de l’IRIS avancent aussi que la croissance économique actuelle pourrait permettre au gouvernement canadien de faire des déficits totalisant 150 milliards d’ici cinq ans sans que cela n’augmente de façon significative le poids de la dette publique dans l’économie d’aujourd’hui.

Cette réalité donnerait la chance à tous les partis de proposer des projets d’envergure, comme la transition écologique, soutient Alexandre Bégin. « On n’encourage pas le gouvernement à encourir plus de dépenses, mais on constate qu’il a une ample marge de manœuvre pour le faire, parce qu’actuellement, on a des taux d’intérêt qui sont historiquement bas », a-t-il expliqué.

Dans leur papier, les chercheurs de l’IRIS expliquent aussi que « les déficits accumulés actuels sont moins le résultat de dépenses dites "d’épicerie" que celui de dynamiques financières liées aux choix de la Banque du Canada en faveur d’une politique monétaire restrictive durant les années 1980. »

Pour l’instant, le gouvernement Trudeau n’a pas l’intention de revenir vers le déficit zéro. Cependant, en 2015, les libéraux prévoyaient y revenir pour 2019-2020. Ceux-ci avancent aujourd’hui que le ratio de la dette en proportion à la taille de l’économie du pays restera autour de 30 % au cours des quatre prochaines années, même avec l’augmentation prévue des dépenses.

Le Parti conservateur d’Andrew Scheer, qui reproche régulièrement au gouvernement Trudeau ses dépenses, s’est engagé à rétablir l’équilibre budgétaire d’ici cinq ans s’il est porté au pouvoir.