La peste porcine africaine continue de gagner du terrain. La Corée du Sud a annoncé hier être touchée par la maladie qui a déjà décimé de nombreux cheptels dans une cinquantaine de pays. Près de 4000 animaux de trois fermes seront abattus. Nous avons discuté de la situation avec Jean Larose, directeur général des Éleveurs de porcs du Québec.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

La Corée du Sud est le cinquième acheteur de porc canadien en importance. Cette nouvelle pourrait-elle avoir un impact sur nos prix de détail ?

La Corée du Sud produit 40 % de ce qu’elle consomme, donc c’est un gros importateur. Ils vont essayer de circonscrire la maladie. Certains pays l’ont fait. Mais en Asie, il y a certains enjeux assez particuliers, dont celui des porcs sauvages qui vont d’un élevage à l’autre et qui transportent la maladie. Cette annonce-là, qui concerne trois troupeaux, n’aura pas d’impact direct, mais c’est une situation globale qui se confirme. […] Une analyse américaine prévoit une diminution de 60 % de la production mondiale d’ici la fin 2020. La maladie n’est pas sous contrôle.

Pourrions-nous augmenter nos exportations vers la Corée du Sud ?

Actuellement, il y a une entente de libre-échange entre les États-Unis et la Corée du Sud. Nous en avons aussi signé une, mais plus tard, ce qui fait que le tarif d’entrée en Corée du Sud est plus élevé pour le porc canadien. Donc, notre porc rentre moins bien que le porc américain. Mais on va continuer à exporter. L’avantage de la Corée, par rapport à la Chine, c’est que c’est un marché à valeur ajoutée qui veut des coupes plus nobles. Quand on regarde le prix par kilo de viande, c’est beaucoup plus intéressant que la Chine, qui est un marché de tête et de pattes, de produits qu’on appelle le cinquième quartier.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Jean Larose, directeur général des Éleveurs de porcs du Québec

La peste a déjà fait augmenter le prix du porc en Europe. Qu’est-ce qui va ensuite arriver ?

Avec les niveaux de production en Chine qui sont réduits de 30, 40 ou 50 %, l’impact n’est pas juste sur le porc. Ce qui va arriver, c’est une augmentation généralisée du coût de la protéine à travers le monde. Pas juste du porc. C’est sûr que le consommateur a le choix entre toutes sortes de protéines, que ce soit du poulet ou même, à la limite, des protéines végétales. Le prix de l’un traîne le prix de l’autre. La Chine va acheter du porc d’autres pays, mais aussi du poulet, du bœuf, du soya. Donc, ce qui va arriver, c’est que l’impact va se faire sentir sur l’ensemble des protéines dans le monde. Il va se passer des choses qu’on n’a jamais vues dans les prochains mois et les prochaines années. Tout l’approvisionnement mondial en protéines risque de changer de façon substantielle.

Est-on certain que la peste porcine africaine ne viendra pas en Amérique ?

On n’est certain de rien ! C’est pour ça qu’il y a beaucoup d’efforts qui sont faits au Canada et au Québec. On est en mode prévention. C’est pour ça que le gouvernement canadien, le printemps dernier, a intensifié ses mesures de contrôle dans les aéroports et les conteneurs de bateaux. Les contrôles sont beaucoup plus intenses. On n’est pas à l’abri de ça.

Quel serait l’impact pour nos 3800 producteurs québécois si ça rentrait ici ?

Je ne veux pas être alarmiste. Mais on est probablement l’une des régions dans le monde qui dépend le plus de l’exportation. Pour vous donner une idée, les Américains, même si ce sont de gros exportateurs en volume, 80 % de leur volume est consommé localement. Nous, c’est 30 %. On exporte 70 %. C’est sûr que si on a cette maladie-là et qu’on n’est pas capable de la régionaliser, c’est-à-dire mettre les troupeaux touchés à part et avoir un accord avec les pays qui importent pour leur dire qu’on est corrects, ça peut aller aussi loin qu’une interdiction complète d’exportation. Si on arrive jusque-là, ce sera un scénario catastrophe, c’est clair.