Pour la première fois, les pays asiatiques ont généré l’an dernier plus de la moitié des demandes internationales de brevets. Dans ce domaine crucial, le Canada fait piètre figure.

Richard Dupaul Richard Dupaul
La Presse

En Chine, les voleurs de papier de toilette – un mal endémique dans ce pays – n’ont plus la vie facile comme avant.

Lorsqu’une personne utilise les W.-C. dans certains parcs ou lieux touristiques de Pékin, une voix synthétique l’accueille au petit coin : « Bienvenue. Merci de vous placer dans la zone de reconnaissance faciale. »

Après quelques secondes, la machine distribue son dû : 60 cm de papier hygiénique, pas un de plus.

Et pas de tricherie. Si la même personne se représente face à l’écran dans les 10 à 15 minutes, elle se heurte à une réponse polie : « Merci de réessayer plus tard. »

Les usagers de ces installations, cités par plusieurs médias étrangers fascinés par cette innovation, racontent comment les choses ont changé en 10 ou 15 ans : avant, disent-ils, il fallait s’installer en rang d’oignons sur un banc troué servant de latrines…

Cette anecdote illustre à quel point la technologie a connu un essor remarquable en Chine. Mais aussi dans toute l’Asie.

Loin derrière

Les lecteurs de La Presse+ ont pu lire la semaine dernière dans un article d’Isabelle Dubé que, selon l’IRPP (Institut de recherche en politiques publiques), le Canada cède à des intérêts étrangers près de la moitié de ses brevets, soit 45 % contre seulement 18 % 20 ans plus tôt.

Bref, on laisse de plus en plus partir à l’étranger une bonne partie de nos innovations.

En fait, la performance du Canada en cette matière est encore plus inquiétante si on la compare au reste du monde, indique une étude toute récente qui a eu peu d’échos chez nous.

Dans son édition 2019 de l’Indice mondial de l’innovation, rendue publique à New Delhi, en Inde, l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) classe le Canada au 17e rang mondial dans ce domaine.

Les pays les plus innovateurs

1. Suisse (numéro 1 en 2018)
2. Suède (3)
3. États-Unis (6)
4. Pays-Bas (2)
5. Royaume-Uni (4)
6. Finlande (7)
7. Danemark (8)
8. Singapour (5)
9. Allemagne (9)
10. Israël (11)

17. Canada
Source : OMPI

Le Canada, une nation « riche » membre du G7, est même devancé par de petits pays comme l’Irlande (12e), Singapour (8e) et la Finlande (6e), selon cette agence de l’ONU.

Selon la longue série de critères de l’OMPI(1), la Suisse est le pays le plus innovant au monde pour la neuvième année de suite et la Chine se hisse au 14e rang après une progression rapide au classement. Derrière la Suisse, suivent dans l’ordre la Suède, les États-Unis, les Pays-Bas et le Royaume-Uni, qui forment le top 5.

L’OMPI, une agence de l’ONU établie à Genève, a aussi pris soin de classer les pays selon leur niveau de richesse, question de faire une comparaison plus juste. Dans le palmarès des 10 nations les plus riches, le Canada arrive bon dernier.

Autre source d’inquiétude : dans la liste des 50 agglomérations urbaines qui concentrent le plus de créateurs de nouvelles technologies, seul Toronto réussit à se classer… au 39e rang.

L’Occident perd du terrain

Il faut dire que l’Occident dans son ensemble perd aussi du terrain face à l’Asie dans ce domaine crucial.

Pour la première fois dans l’histoire de l’OMPI, les pays asiatiques ont généré, l’an dernier, plus de la moitié (50,5 %) de toutes les demandes internationales de brevets.

Sur les 253 000 demandes enregistrées auprès de l’institution internationale, plus de 127 000 provenaient des nations asiatiques.

« Cela souligne un basculement historique et géographique de l’innovation de l’Ouest vers l’Est », affirme Francis Gurry, directeur général de l’OMPI, dans un rapport publié plus tôt cette année.

L’Amérique du Nord a généré 23,1 % de ces demandes et les pays européens, 24,5 %.

Si de nombreux classements de l’innovation sont diffusés chaque année, celui de l’OMPI est jugé le plus pertinent, car il concerne des brevets que les multinationales veulent protéger partout dans le monde et pas seulement sur leur propre marché.

La poussée de l’Asie dans ce palmarès confirme la montée en puissance de grandes entreprises qui n’y figuraient pas il y a 15 ans. Six des 10 groupes déposant le plus de demandes internationales de brevets sont asiatiques.

Battant tous les records, le chinois Huawei a déposé l’an dernier 5405 demandes internationales de brevets. En deuxième position, on trouve le groupe japonais Mitsubishi Electric (2812), devant les américains Intel (2499) et Qualcomm (2404) et l’autre grand acteur des télécoms chinois ZTE (2080).

(1) L’indice d’innovation de l’OMPI établit le classement de 129 économies sur la base de 80 indicateurs, allant des investissements en R et D à l’enregistrement de brevets en passant par de nouveaux indicateurs, telle la création d’applications mobiles.