L’Allemagne et l’Italie sont au bord de la récession. Le Royaume-Uni et la France ont beaucoup ralenti. Pendant ce temps, l’Europe de l’Est enregistre une croissance qui fait l’envie de ses voisins à l’Ouest.

Richard Dupaul Richard Dupaul
La Presse

L’annonce a causé tout un choc en Europe : la Pologne exonère désormais les moins de 26 ans de l’impôt sur le revenu.

Vous êtes un informaticien de 24 ans nouvellement embauché par une jeune pousse à Varsovie ou à Cracovie ? Eh bien, vous ne paierez pas d’impôt tant que votre salaire sera inférieur à 19 900 euros, ou près de 30 000 $. Rien. « Nic ».

Cela peut sembler relativement peu, mais cette mesure – qui toucherait 2 millions de personnes – est en réalité assez avantageuse pour les jeunes puisque le salaire minimum en Pologne est de 13 980 euros par an.

Pourquoi une telle générosité fiscale ?

Parce que la Pologne, qui exportait jadis ses travailleurs par milliers au Royaume-Uni, en Allemagne ou en France, fait face aujourd’hui à une pénurie de main-d’œuvre. Elle doit donc mettre en place des mesures fortes pour inciter ses jeunes à rester à la maison.

C’est aussi et surtout le reflet d’une réalité qui surprend beaucoup de gens dans le reste du Vieux Continent : l’économie polonaise se porte bien. Bien mieux, à certains égards, que dans plusieurs pays de la zone euro.

Le taux de chômage en Pologne se maintient sous les 4 % (contre 7,5 % dans la zone euro), au plus bas depuis 25 ans, tandis que le gouvernement prévoit une croissance économique de près de 4 % pour 2019.

À l’heure où l’Allemagne est au bord de la récession et que les autres poids lourds du continent, dont la France et le Royaume-Uni, avancent à pas de tortue, une bonne partie de l’Europe de l’Est caracole sur le plan économique.

Consommation et gouvernements

Roumanie, Pologne, Hongrie. Ces pays ont enregistré une croissance annuelle de plus de 4 % au deuxième trimestre, selon les estimations officielles. La République tchèque et la Slovaquie, avec des progressions plus près de 2 %, ont tout de même surpassé les prévisions.

Selon la Commission européenne, la Pologne et la Hongrie auront la deuxième croissance en importance de l’Union européenne cette année, après Malte. La Commission a même revu à la hausse ses prévisions pour la Pologne et la Hongrie où elle prévoit désormais un produit intérieur brut (PIB) en hausse de 4,4 % en 2019.

En moyenne, le PIB de l’Europe centrale et de l’Est a progressé de 0,8 % au deuxième trimestre, soit quatre fois plus vite que celui de la zone euro.

D’où vient cette vitalité économique ? De deux sources essentiellement.

D’une part, la consommation dans ce coin du globe demeure vigoureuse. La pénurie de main-d’œuvre, qui touche plusieurs pays de la région, a fait bondir les salaires, explique la Deutsche Bank dans une note économique, ce qui stimule les ventes au détail.

Attirés par les faibles taux d’intérêt, les ménages contractent aussi de plus gros prêts pour acheter une voiture ou une maison. Bref, on dépense.

D’autre part, les gouvernements mettent l’épaule à la roue en injectant de l’argent dans l’économie pour contrer les effets du ralentissement à l’Ouest.

Le premier ministre de la Hongrie, l’ultraconservateur Viktor Orban, a promis des mesures de soutien, tandis que le gouvernement polonais vient d’accroître ses dépenses avant les élections nationales prévues en octobre.

Combien de temps encore ?

Pour le moment, l’économie de ces pays tient bon, mais pour combien de temps ?

« Le dynamisme de la demande intérieure et des salaires compense encore le ralentissement extérieur, explique Liam Peach, chez Capital Economics, dans une note sur le sujet. Mais la région sera affectée à son tour si la récession industrielle allemande s’intensifie. »

C’est bien connu. Quand l’Allemagne éternue, ses voisins attrapent généralement la grippe. En particulier ceux dont les chaînes de production sont fortement intégrées au secteur industriel allemand.

C’est le cas de la République tchèque, dont les exportations vers l’Allemagne pèsent près de 25 % de l’économie du pays. La Hongrie et la Slovaquie (20 %) sont presque aussi dépendantes de l’industrie germanique, tout comme la Pologne et la Slovénie (plus de 10 %).

Reste que les affaires dans ces pays sont bonnes ces jours-ci.

Les mises en chantier en République tchèque ont frôlé la barre des 6000 unités au premier semestre, un sommet depuis 2008, selon Bloomberg.

La Banque Transilvania, la plus grande banque de Roumanie, dit avoir accordé plus de 100 000 nouveaux prêts durant les six premiers mois de 2019. Du jamais-vu, souligne l’agence d’information américaine.

Reste à voir si, fiscalité avantageuse aidant, les jeunes Polonais résisteront à l’appel des sirènes à l’Ouest.

Une étude publiée en 2016 par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) souligne que 1,7 million de Polonais ont émigré en 15 ans. La plupart sont allés s’installer au Royaume-Uni, où ils représentent la première communauté d’immigrés.