L’immobilier industriel dans la région montréalaise a finalement atteint le cap que Vancouver et Toronto ont franchi il y a deux ans. En se fiant à ce que ces deux villes ont par la suite connu, l’agence immobilière CBRE recommande aux acteurs de l’industrie, dans une récente analyse de marché, d’attacher leur ceinture, car le décollage des prix se profile à l’horizon.

André Dubuc André Dubuc
La Presse

À Toronto et à Vancouver, les loyers se sont emballés à partir du moment où le taux de disponibilité des locaux industriels est tombé sous la barre de 3,5 %. Or, Montréal a finalement franchi ce cap stratégique au 2e trimestre 2019. Le taux de disponibilité a baissé à 3,2 %, un niveau jamais vu en 20 ans.

Vancouver était passé par là au premier trimestre 2017, tandis que Toronto l’avait devancé dès le 3e trimestre 2016. Au cours des deux années ayant suivi ces dates, les loyers demandés ont augmenté de 30 % en moyenne dans ces villes.

Aujourd’hui, Toronto demande en moyenne un loyer net de 7,67 $ par pied carré. Il était sous les 6 $ au troisième trimestre 2016.

À Montréal, le prix net demandé s’élève pour le moment à 6,12 $.

Une accélération soutenue est aussi attendue du côté des prix de vente. En mai dernier, le courtier Paul-Éric Poitras, de NAI Terramont Commercial, affirmait que détenir un actif industriel par les temps qui courent était comme posséder un Picasso : l’on connaît sa réelle valeur une fois sur le marché.

Le prix de vente demandé dans le Grand Montréal s’élève à 94 $ le pied carré au deuxième trimestre 2019, une hausse de 35 % en un an. Ce ne serait qu’un début s’il se reproduisait à Montréal ce que les deux autres villes ont vécu récemment.

Les prix de vente ont bondi de 43 % à Toronto dans les 24 mois qui ont suivi le moment où le taux de disponibilité est passé sous les 3,5 %. L’inflation immobilière a atteint 69 % à Vancouver au cours de la même période.

Le prix demandé est rendu à 350 $ le pied carré à Vancouver et à 201 $ le pied carré, à Toronto.

Industriel montréalais

Pour l’industriel montréalais, tout est en place pour le décollage au second semestre 2019. « Suivra-t-il le chemin tracé par Vancouver et Toronto, ou sera-t-il l’exception ? », se demande CBRE dans son étude de marché.

Si l’activité sur les chantiers de construction peut donner le moindre indice, les statistiques donnent à penser que Montréal suivra l’exemple de la Ville Reine et de Vancouver. Quasi inexistant en 2017, le volume de la construction industrielle atteint 2 millions de pieds carrés ces jours-ci ; 83 % de la superficie est consacrée à des projets sur mesure et 17 %, à des projets spéculatifs, qui n’ont pas encore d’occupants.

Le rebond dans la construction industrielle a été remarqué par la Commission de la construction du Québec, organisme responsable de l’application des conventions collectives dans la construction. « Le volume de travail a augmenté de 10 % au cours des trois premiers mois de 2019, comparativement à la même période l’an dernier, pour s’établir à 2,5 millions d’heures travaillées », lit-on dans la Revue de l’activité dans l’industrie de la construction au premier trimestre 2019.