La guerre commerciale entre Washington et Pékin cause de plus en plus de dégâts : les usines du monde ralentissent, le commerce se heurte à de plus en plus de barrières et, surtout, les risques de défaillance des entreprises augmentent, prévient un important assureur.

Richard Dupaul Richard Dupaul
La Presse

Les usines ralentissent aux États-Unis, en Chine et dans plusieurs autres pays du monde.

Chez nos voisins du Sud, un important indicateur de l’activité manufacturière, l’indice PMI (IHS Markit), est descendu à 50,1 points en juin, son niveau le plus faible en près de 10 ans. Il est tout juste au-dessus du seuil des 50 points, qui sépare la croissance et la contraction.

En Europe, l’activité industrielle a encore diminué le mois dernier dans un contexte de ralentissement généralisé dans le monde en raison des tensions commerciales.

L’indice PMI manufacturier en zone euro est tombé à 47,6 en juin. Il reste pour le cinquième mois consécutif sous le seuil de 50.

Plus inquiétant encore, les commandes manufacturières en Allemagne ont reculé de 8,6 % (sur un an) en mai, soit la plus forte baisse en près d’une décennie, a-t-on appris vendredi.

La Chine écope également. L’indice PMI manufacturier, calculé pour le groupe de médias Caixin, s’est établi à 49,4 en juin, contre 50,2 le mois précédent. Il s’agit de son plus bas niveau depuis quatre mois.

Dans un tel contexte, les gens d’affaires n’osent plus prendre de risques. La firme Macroeconomics Advisers avance d’ailleurs que les investissements des entreprises américaines auraient baissé de 4,6 % (sur une base annuelle) au deuxième trimestre.

Aussi, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) craint pour l’avenir du commerce international.

Du 16 octobre au 15 mai, les pays du G20 ont érigé pas moins de 20 nouvelles barrières commerciales, touchant un total de 336 milliards US d’échanges commerciaux — du jamais-vu pour une période aussi courte, affirme l’organisme dans son plus récent rapport.

L’OMC a recensé plusieurs nouvelles mesures qui restreignent les échanges, dont des hausses de tarifs (en référence aux mesures du président américain Donald Trump), des interdictions sur les importations et de nouveaux processus régissant les exportations.

Ce portrait « devrait être une source d’inquiétude pour toute la communauté internationale », affirme le directeur général de l’OMC, Roberto Azevêdo.

Les risques

De tels freins au commerce ne passent pas inaperçus auprès des gens qui voient à la bonne marche des affaires sur la planète.

Le cabinet français Coface, l’un des plus importants assureurs de crédit international pour les entreprises, sonne l’alerte sur les effets de la guerre commerciale sur la santé financière des entreprises.

Dans un nouveau rapport, l’assureur revoit non seulement à la baisse ses prévisions de croissance mondiale, à 2,7 % en 2019 après 3,1 % l’an dernier. Il ajoute aussi que ce ralentissement serait accompagné d’une remontée des défaillances d’entreprises dans « une majorité de pays ».

Pour une société comme Coface, l’évaluation juste des risques est primordiale. Les effets de la guerre commerciale sont donc une source majeure de préoccupations. Surtout que les exportations de la Chine vers les États-Unis ont déjà fléchi de 10 % au cours des quatre premiers mois de 2019. Une telle contraction ne peut que rejaillir sur l’ensemble de la planète.

Si bien que la firme prévoit que le commerce mondial ralentira de 0,7 % cette année.

L’automobile en panne

Automobile, métallurgie, commerce de détail sont parmi les industries qui écopent le plus de cette crise. Coface déclasse 27 évaluations sectorielles ce trimestre (contre seulement 4 reclassements). Parmi elles, 13 concernent l’automobile.

L’industrie automobile est emblématique des problèmes de l’économie mondiale. Elle est pénalisée à la fois par la conjoncture observée dans plusieurs régions, le protectionnisme et les changements structurels du marché (par exemple, les nouvelles règles antipollution en Europe).

Dans cette foulée, Coface a choisi de dégrader l’Allemagne (qui passe de A1 à A2) en raison surtout des ennuis de son secteur de l’automobile, dont la production est passée d’une hausse de 5 % en février 2017 à un plongeon de 12 % en avril 2019.

L’assureur-crédit revoit également à la baisse la note des économies très liées à l’Allemagne, notamment celle de l’Autriche (A2), dont 30 % des exportations sont destinées aux marchés allemands.