L’intérêt du maire de New York à l’endroit de l’hydroélectricité tombe à point pour Hydro-Québec, qui, à l’exception de son important contrat avec le Massachusetts, ne dispose pas d’une multitude d’options, à l’heure actuelle, afin d’exporter ses surplus.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

En plus d’un revers au Connecticut survenu en fin d’année, rien ne bouge du côté d’un appel de propositions — auquel la société d’État a répondu — de la New York Power Authority (NYPA) pour 1 térawattheure (TWh) lancé en septembre 2017.

Jusqu’à présent, Hydro-Québec n’avait pas fourni de détails sur le sort de son offre au Connecticut, mais elle a confirmé que sa proposition, déposée en septembre dernier, n’avait « pas été retenue ». À la suite d’une vérification effectuée par La Presse canadienne, la société d’État a confirmé avoir appris la nouvelle à la fin décembre.

« Nous estimons que l’énergie propre et fiable d’Hydro-Québec permettait de diversifier l’approvisionnement garanti recherché par le Connecticut pour répondre à ses objectifs », a indiqué une porte-parole, Lynn St-Laurent.

La société d’État espérait écouler annuellement 3 TWh à destination de cet État américain. Mais la concurrence était plus féroce qu’à l’habitude, puisque l’on acceptait l’énergie fournie par des centrales nucléaires. C’est finalement la centrale de Millstone, au Connecticut, qui a remporté la mise.

Si Hydro-Québec avait été sélectionnée, on aurait dû procéder à la construction d’une ligne de transport — la Vermont Green Line, proposée par une filiale de National Grid — aux États-Unis, mais pas en sol québécois.

Quant à l’appel de propositions de la NYPA, qui n’a pas répondu aux questions à ce sujet, rien ne semble indiquer que le processus connaîtra son dénouement prochainement.

Pas une défaite

Néanmoins, Mme St-Laurent estime que cela ne témoigne pas d’une baisse d’intérêt à l’égard de l’énergie québécoise, et ce, même si la société d’État ne participe à aucun autre appel de propositions à l’heure actuelle.

« Une transition énergétique est en cours dans le Nord-Est américain, a-t-elle précisé. Nous sommes convaincus que l’hydroélectricité du Québec […] peut répondre aux besoins de nos partenaires. »

Parallèlement, le premier ministre ontarien Doug Ford ne semble pas intéressé à acheter davantage d’hydroélectricité québécoise alors que sa province doit procéder à la rénovation de ses centrales nucléaires.

Ainsi, Hydro-Québec doit continuer, pour le moment, de se rabattre sur son contrat de 20 ans avec le Massachusetts pour 9,45 TWh d’hydroélectricité par année, ce qui pourrait générer des revenus de 10 milliards.

Toutefois, pour que cela se concrétise, la société d’État et son partenaire Central Maine Power devront s’assurer que le New England Clean Energy Connect (NECEC) qui doit traverser le Maine obtienne tous ses permis. Le projet a récemment obtenu le feu vert de la commission des services publics du Maine.

Alors qu’Hydro-Québec doit rivaliser avec d’autres producteurs d’énergie renouvelable aux États-Unis, principalement spécialisés dans l’éolien et le solaire, c’est lorsqu’il y a d’importants volumes en jeu que la société d’État peut se démarquer, croit le spécialiste en énergie et professeur à l’Université d’Ottawa Jean-Thomas Bernard.

« Étant donné que le solaire et l’éolien sont des sources d’énergie intermittentes, il faut d’énormes parcs pour produire d’importants volumes, alors que cela n’est pas nécessairement le cas lorsque l’on parle, par exemple, de 2 TWh », a-t-il expliqué au cours d’un entretien téléphonique.

Nouveau branchement ?

Lundi, le maire de New York, Bill de Blasio, a dévoilé un plan dans lequel il souhaite que la source d’énergie de toutes les infrastructures municipales soit 100 % propre, ce qui l’incite à se tourner vers l’hydroélectricité canadienne. Il voudrait qu’une entente soit signée avant la fin de 2020.

Cela devrait mener à des négociations en bonne et due forme entre Hydro-Québec et les autorités new-yorkaises pour une consommation annuelle pouvant atteindre 5,25 TWh.

Il s’agit des deux tiers de la capacité approximative de 8 TWh de la ligne Champlain Hudson Power Express (CHPE), un projet qui dispose de toutes les autorisations nécessaires et réalisé avec Transmission Developers Inc. (TDI).

Mme St-Laurent a précisé que les discussions, qui devraient commencer de façon formelle prochainement, devraient également permettre de déterminer ce qu’il adviendra de la capacité excédentaire de la ligne.

Surplus annuels prévus chez Hydro-Québec

— 2019 : 12,6 TWh

— 2020 : 11,3 TWh,

— 2021 : 12,2 TWh

— 2022 : 11,4 TWh

— 2023 : 10,8 TWh

(Source : Plan d’approvisionnement 2017-2026 d’Hydro-Québec)