La politique monétaire n’est plus efficace, et les gouvernements sont super-endettés. Qui pourra donc atténuer les effets de la prochaine récession ou aider l’économie à sortir de la prochaine crise ?

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La question hante beaucoup de monde actuellement au sein des gouvernements, des banques centrales et des universités.

De leur propre aveu, les banques centrales ne pourront pas faire grand-chose pour atténuer l’impact de la prochaine récession. Les taux directeurs, leur outil principal, sont déjà au plancher et ne semblent plus avoir d’effet pour stimuler la croissance économique.

L’Europe en est l’exemple le plus évident. Malgré des taux négatifs, les économies de la zone euro, et notamment celle de l’Allemagne, décélèrent. Les taux d’intérêt négatifs de la Banque centrale européenne (BCE) pourraient même faire plus de mal que de bien, soulignaient la semaine dernière les économistes de la Banque CIBC, citant l’exemple des économies tombées en panne en Allemagne et au Japon.

Il faudra que les gouvernements interviennent massivement avec des investissements et d’autres stimulus fiscaux, si l’économie mondiale continue de ralentir. Mais les gouvernements croulent déjà sous les dettes et leur capacité d’agir est limitée, à moins de voir exploser leurs déficits.

C’est à partir de ce constat que d’anciens dirigeants de banques centrales ont proposé récemment une sorte de révolution dans la façon dont les gouvernements et les banques centrales ont géré les récessions à ce jour (1).

Ce groupe d’experts, dont fait partie Jean Boivin, qui a été sous-gouverneur de la Banque du Canada de 2010 à 2012 et dont le nom circule pour succéder à Steven Poloz, ne propose rien de moins que de donner de l’argent directement aux consommateurs et aux entreprises.

Plutôt que de passer par les banques et le crédit dont le coût est fixé par les banques centrales, on pourrait injecter directement de l’argent quand c’est nécessaire. Ce serait plus efficace que de baisser les taux d’intérêt ou de réduire les impôts en augmentant les déficits publics, estime le groupe.

Des taux d’intêret au plancher
États-Unis 2,00 % 
Canada 1,75 % 
Zone euro 0 %
Grande-Bretagne 0,75 % 
Japon - 0,10 % 
Suisse - 0,75 % 
Israël 0,25 %
Norvège 1,50 %
Suède - 0,25 %
Australie 1,00 %
Nouvelle-Zélande 1,00 %
Source : Compilation de La Presse

L’idée, déjà illustrée il y a des décennies par l’économiste américain Milton Friedman par un hélicoptère qui déverserait des billets sur les consommateurs et les entreprises, n’est pas nouvelle. Elle a été critiquée, avec raison, parce qu’une telle injection d’argent, sans la contrepartie habituelle de l’augmentation des déficits gouvernementaux, peut créer une inflation incontrôlable et dommageable pour l’économie.

Pour éviter cet écueil, Jean Boivin et les coauteurs de l’étude, parmi lesquels se trouve l’ancien vice-président de la Réserve fédérale Stanley Fischer, proposent une variante de l’hélicoptère monétaire : un fonds d’urgence qui pourrait être déployé au besoin par les banques centrales, en collaboration avec les gouvernements.

Une sorte d’hélicoptère avec deux pilotes à bord.

Cette proposition, qui donnerait de nouveaux pouvoirs aux dirigeants des banques centrales, pose des problèmes de gouvernance. 

Qui, des élus ou des économistes, aurait le dernier mot sur l’objectif à atteindre en termes de croissance et d’inflation ? Qui déciderait de la taille du fonds, sur la façon de le distribuer, quand, comment et à qui ?

Les banques centrales ont actuellement toute la latitude dont elles ont besoin pour mener leur politique monétaire. Devraient-elles sacrifier cette indépendance ? Les élus, de leur côté, devraient-ils se soumettre aux décisions de spécialistes qui en connaissent peut-être plus long qu’eux sur le fonctionnement de l’économie, mais qui n’ont pas de comptes à rendre à la population ?

Tout le monde s’entend sur la nécessité de mieux coordonner les interventions gouvernementales avec la politique monétaire. L’hélicoptère à deux pilotes est toutefois loin de faire l’unanimité.

Interrogé à ce sujet la semaine dernière, le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a carrément rejeté l’idée. « Distribuer de l’argent à la population est une responsabilité fiscale, pas monétaire », a-t-il dit.

On verra si celle qui s’apprête à lui succéder à la BCE, Christine Lagarde, pense la même chose. Et si l’hélicoptère a des chances de voler un jour.