Une guerre commerciale totale entre la Chine et les États-Unis serait désastreuse et provoquerait un ralentissement de la croissance économique mondiale, estime le grand patron de Morgan Stanley.

Publié le 13 juin 2019
Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Ça ne fait aucun doute que ça ralentirait la croissance économique mondiale », a soutenu hier James Gorman, qui participait à la Conférence de Montréal.

Selon lui, une guerre commerciale impliquerait directement les principales économies comme les États-Unis, la Chine, l’Allemagne et le Japon, qui représentent 40 % de la production mondiale, mais le reste du monde en souffrirait aussi, que ce soit le Mexique, le Brésil, l’Australie ou le Canada.  

Le PDG d’un des géants de Wall Street revient tout juste d’un séjour en Chine, où il a observé que les tarifs américains commencent à avoir un impact. « C’est encore gérable, mais il y a bel et bien un impact », a-t-il indiqué.

Tant du côté américain que chinois, il note un durcissement inquiétant des positions.

« Du point de vue américain, le citoyen moyen n’a pas l’impression d’avoir profité de la croissance économique, même si elle est réelle. Alors on blâme les immigrants ou on blâme les pays étrangers qui travaillent et produisent à moins cher. C’est ce qui mène au nationalisme, au protectionnisme et à l’antimondialisation. » — James Gorman, PDG de Morgan Stanley

Du côté positif, James Gorman observe une ouverture de la part des dirigeants chinois pour discuter du nouvel ordre mondial. La Chine est la deuxième économie au monde, explique-t-il, elle ne peut plus être considérée comme un pays en développement.

Morgan Stanley pourra tester elle-même la bonne volonté des Chinois. En Chine, elle est obligée de s’associer avec une entreprise chinoise et ne peut pas posséder plus que 49 % de la propriété de cette coentreprise. La banque new-yorkaise veut que ça change. « La Chine est le seul pays au monde où on ne peut pas contrôler nos affaires. C’est inacceptable. »

Inégalités croissantes

James Gorman est à la tête de Morgan Stanley depuis 2010. Il a reçu l’an dernier 29 millions US en rémunération. Australien d’origine, issu d’une famille de 10 enfants, il croit que les inégalités croissantes seront au cœur des élections américaines de 2020.

C’est un défi pour les politiciens, mais aussi pour les banques comme Morgan Stanley, qui doit être consciente des besoins de la société dans laquelle elle vit.

« Nous ne pouvons pas nous séparer du milieu dans lequel nous sommes, sinon le milieu va nous rejeter », a-t-il dit.