(Washington) Donald Trump a exprimé vendredi un certain optimisme sur la possibilité de parvenir à un accord avec le Mexique pour juguler les arrivées d’immigrés clandestins aux États-Unis, tout en confirmant qu’en l’absence de percée, il imposerait lundi des taxes douanières punitives.

Elodie CUZIN
Agence France-Presse

« Si nous sommes en mesure de boucler l’accord avec le Mexique, et il y a une bonne chance que nous y arrivions, alors ils commenceront immédiatement à acheter beaucoup de produits agricoles », a tweeté le président des États-Unis.

« Si nous n’arrivons pas à un accord, le Mexique va commencer à payer les tarifs de 5 % dès lundi », a-t-il toutefois menacé depuis l’avion présidentiel Air Force One qui le ramenait dans l’après-midi à Washington depuis l’Europe, où il a assisté aux commémorations du Débarquement de 1944.

Le président américain a regagné les États-Unis peu avant 17 h. Interrogé par des journalistes à la Maison-Blanche au sujet du Mexique, il est resté lapidaire : « Cela se passe bien », a-t-il simplement répondu, coiffé d’une casquette rouge estampillée « USA ».

PHOTO LEAH MILLIS, ARCHIVES REUTERS

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders

Sa porte-parole Sarah Huckabee Sanders avait affirmé plus tôt que la Maison-Blanche comptait toujours, en l’état, imposer ces taxes, tout en évoquant des « progrès » dans les négociations. « Les réunions se passent bien mais, à l’heure actuelle, nous nous dirigeons toujours vers des taxes lundi », a-t-elle insisté.

Les négociations, entamées le 3 juin, se poursuivaient vendredi en début de soirée au département d’État à Washington, où le ministre mexicain des Affaires étrangères Marcelo Ebrard rencontrait plusieurs représentants de la diplomatie américaine.

6000 gardes nationaux

Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l’immigration clandestine l’une de ses priorités, accuse le Mexique de ne rien faire ou presque pour freiner le passage sur son sol de migrants d’Amérique centrale qui finissent par entrer clandestinement aux États-Unis.

Malgré les réticences des milieux économiques américains et de certains de ses alliés républicains, le milliardaire a donc décidé d’appliquer dès le 10 juin une taxe de 5 % sur tous les biens provenant du Mexique, qui pourrait augmenter progressivement jusqu’à 25 % le 1er octobre.

La Maison-Blanche prévoit de déclarer officiellement dès vendredi que ces taxes entreront en vigueur lundi, a dit Mark Short, chef de cabinet du vice-président Mike Pence, à la presse. « Mais le président peut, si les négociations continuent à bien avancer, l’annuler au cours du week-end », a-t-il précisé.

Soucieux d’éviter l’exécution de cette menace, qui serait très dommageable pour les économies des deux pays, Mexico a dépêché une délégation à Washington et multiplie les gestes de bonne volonté.   

Les autorités mexicaines se sont ainsi engagées à renforcer la surveillance à leur frontière avec le Guatemala, en déployant 6000 gardes nationaux.  Elles ont aussi gelé les comptes bancaires de passeurs présumés et renvoyé une centaine de Honduriens dans leur pays.

Elles ont bloqué mercredi l’avancée d’un cortège d’environ 1200 migrants qui venaient d’entrer au Mexique depuis le Guatemala.

« Aujourd’hui, nous sommes vendredi et le dialogue se poursuit, et nous pouvons parvenir à un accord. Je suis optimiste », a dit le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador. « Aucune des parties n’a quitté la table. Il est positif que les communications, le dialogue, se poursuivent », a-t-il ajouté, en glissant qu’il comptait bien rester « ami » avec Donald Trump.  

Le Mexique « fait son travail »

Dans l’État du Chiapas, dans le sud du pays, des journalistes de l’AFP ont constaté une plus grande présence policière et militaire sur les routes empruntées par les migrants.

Mais le cœur des négociations porte sur une réforme des règles d’asile : Washington souhaite pouvoir renvoyer vers le Mexique les demandeurs d’asile centraméricains pour que leur dossier y soit traité.

« Ce n’est pas un sujet qui va se résoudre par la force », a affirmé M. Lopez Obrador, précisant que la garde nationale était censée « aider à raccompagner les migrants dans leur retour » chez eux.  

Le Mexique « fait son travail » sur l’immigration tout en « prenant soin de respecter les droits humains et de s’attaquer au problème de fond, qui est le manque d’opportunités » en Amérique centrale, a souligné le président mexicain.

La grande majorité des 144 000 migrants arrêtés ou refoulés en mai à la frontière sud des États-Unis étaient originaires du Honduras, du Salvador et du Guatemala, pays parmi les plus pauvres et les plus violents du continent.

Au moment de la prise de fonction de Donald Trump à la Maison-Blanche, seuls 20 000 migrants étaient arrêtés chaque mois à la frontière.