Après des années d’un accord quasi parfait, le dollar canadien et le pétrole ont divorcé. Depuis la fin de 2017, le huard ne fluctue plus en fonction du prix du pétrole. Faut-il s’en réjouir ?

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

Oui, estime l’économiste principal de Desjardins, Hendrix Vachon.

Ce n’est pas nécessairement une mauvaise chose, selon lui. « C’est une bonne nouvelle pour les entreprises exportatrices, qui sont pénalisées quand le prix du pétrole fait augmenter la valeur du dollar et le prix de leurs produits sur les marchés internationaux », explique-t-il.

Le divorce entre la valeur du dollar et le prix du pétrole est survenu à la fin de 2017. Le taux de change était à 0,75 $US, et même si les prix du pétrole ont fortement monté au début de 2018, il est resté à ce niveau. À l’inverse, quand le prix de l’or noir a replongé, le huard ne l’a pas suivi.

Les deux courbes n’ont pas recollé depuis. « Auparavant, le coefficient de corrélation entre les deux variables avoisinait 0,90 (1 étant la corrélation parfaite), il se situe maintenant à 0,30 », observe l’économiste.

Une divergence semblable entre les deux valeurs a été observée par le passé, mais elle s’est avérée temporaire, et le dollar et le pétrole se sont remis à marcher la main dans la main.

Cette fois, le divorce s’annonce permanent, estime Hendrix Vachon, parce que le secteur pétrolier pèse moins lourd dans l’économie canadienne. Il y a moins d’investissements dans l’industrie, moins d’intérêt de la part des investisseurs internationaux et des difficultés à exporter, résume-t-il.

Moins sensible au pétrole, le huard l’est devenu davantage à la politique monétaire de la Banque du Canada, qui influe sur les taux d’intérêt, et aux tensions commerciales. La ratification ou non de l’accord de libre-échange avec les États-Unis, par exemple, ou des menaces de tarifs qui pourraient toucher le secteur automobile sont de nature à faire bouger le dollar.

C’est gage d’un dollar plus stable, selon l’économiste, parce que ce sont des variables qui évoluent plus lentement et qui ne changent pas à 180 degrés tous les mois comme peut le faire le pétrole.

L’envers de la médaille

Il y avait quand même des avantages à avoir un dollar qui montait en même temps que le prix du pétrole. L’augmentation de la valeur du dollar canadien absorbait en partie l’impact de la hausse du prix du pétrole brut, qui se négocie en dollar américain.

La devise canadienne ne jouera plus autant ce rôle d’amortisseur. « Les prix de l’essence au Canada risquent de devenir plus sensibles au mouvement des prix du pétrole en dollar américain », souligne Hendrix Vachon.

Au cours des derniers mois, toutefois, le divorce entre la valeur du dollar et le prix du pétrole a été à l’avantage du Canada, selon lui. En pleine tourmente commerciale, « la hausse des prix du pétrole aurait pu ramener la valeur du huard à près de 0,85 $US et pénaliser les entreprises exportatrices ».

Le PIB du Québec recule

Après quatre mois consécutifs de croissance, le produit intérieur brut (PIB) du Québec a reculé de 0,1 % en février, a indiqué hier l’Institut de la statistique du Québec. Ce léger repli arrive après un bond de 0,6 % en janvier, et il était attendu. L’économie québécoise tourne encore à bon rythme, grâce au secteur de la fabrication, qui continue de progresser. Le premier trimestre de l’année devrait se clore sur une croissance de 2,7 % supérieure à celle de la même période l’an dernier, prévoit l’économiste de la Banque Nationale Marc Pinsonneault. Pour l’année complète, il maintient sa prévision d’une croissance du PIB québécois de 1,8 %. — Hélène Baril, La Presse