(Washington) Les Américains vont faire les frais des droits de douane supplémentaires que Donald Trump veut infliger aux importations chinoises, même si le président se targue des milliards de dollars affluant dans les caisses de l’État.

Virginie MONTET
Agence France-Presse

« Les tarifs douaniers sont des taxes payées par les entreprises américaines et les consommateurs, pas par la Chine », met en garde David French, un dirigeant de la plus grande fédération américaine des détaillants (NRF) alors que les droits de douane sur 200 milliards d’importations chinoises doivent être portés de 10 à 25 % vendredi.

Cette soudaine hausse des tarifs douaniers, qui pourrait prendre effet moins d’une semaine après avoir été annoncée, pourrait « perturber sévèrement les entrepreneurs américains, en particulier les petites entreprises qui ont des ressources limitées pour en atténuer les conséquences », ajoute-t-il.

Les droits de douane additionnels déjà engrangés depuis un an rapportent à l’État fédéral 100 milliards de dollars supplémentaires par an, avance Donald Trump. Pour autant, ces taxes sont en fait facturées à la douane aux importateurs américains de produits chinois et non aux exportateurs chinois.  

Ce système est censé décourager les importations en provenance du géant asiatique en rendant ses produits plus chers. Pour l’heure, il n’est pas évident que cet enchaînement de conséquences soit à l’œuvre.

Si industriels et détaillants soutiennent l’administration Trump dans sa volonté de faire changer les conditions d’accès au marché chinois, la méthode commence à les inquiéter, car leurs clients-les consommateurs américains-, vont de plus en plus en sentir les effets.

« Nous voulons que le président Trump parvienne à un accord avec la Chine qui mette fin à son comportement anticoncurrentiel », reconnaît Hun Quach, le vice-président d’une autre organisation professionnelle, la Retail Industry Leaders Association.  

Mais il souligne que la classe moyenne va finir par payer plus cher pour des biens de consommation courante.

767 dollars de plus

Alors que des négociations déterminantes vont se tenir jeudi et vendredi à Washington, l’organisation Trade Partnership a calculé que l’augmentation des droits de douane prévue vendredi renchérira les dépenses annuelles d’une famille de quatre personnes de 767 dollars.  

Près d’un million d’emplois seraient en outre menacés, selon ce même rapport. Le commerce avec la Chine soutient sept millions d’emplois aux États-Unis, soit 19 % des 39 millions d’emplois américains liés au commerce international.

Les droits de douane touchent non seulement de nombreux produits intermédiaires comme l’acier, le cuir, le caoutchouc ou les plastiques, mais encore des produits finis comme l’électroménager, les télévisions, l’ameublement.

Une récente étude de la Fed de New York montre que les taxes imposées depuis mars (acier et aluminium) et juillet 2018 (marchandises chinoises) ont dopé l’indice d’inflation (CPI) de 0,3 point de pourcentage l’année dernière.

Un autre travail de recherche publié le mois dernier par l’Université de Chicago et la Fed a estimé qu’en raison des tarifs douaniers additionnels imposés sur les machines à laver importées, les Américains allaient dépenser 1,5 milliard de dollars supplémentaires en un an sur ces équipements, renchérissant de 86 dollars le prix d’une machine et de 92 dollars celui d’un séchoir.  

« On veut que la Chine change ses pratiques commerciales, mais cela n’a pas de sens de punir les Américains avec ces tactiques de négociations », a encore protesté cette semaine la Fédération des détaillants (NRF).

« Si le gouvernement veut appliquer davantage de pression sur la Chine, qu’elle forme une coalition multinationale avec nos alliés », suggèrent les distributeurs.

Côté chinois, les chiffres officiels du commerce extérieur ont montré mercredi pour le mois d’avril une décrue des ventes à l’étranger mais l’excédent de Pékin avec les États-Unis est resté stable malgré les taxes douanières.

Les représailles tarifaires chinoises, notamment sur les importations agricoles américaines, font aussi souffrir les agriculteurs aux États-Unis, même si en juillet dernier, l’administration Trump leur a versé 12 milliards de dollars de compensation.  

Plusieurs élus républicains, issus d’États qui ont voté pour Donald Trump, ont fait savoir que les fermiers commençaient « à perdre patience », selon les mots de Joni Ernst, sénateur de l’Iowa.